Article contributeur

Les banques face à l’agenda 2030

Le contraste entre les engagements de certains établissements et leurs pratiques est plus frappant. Par Tim Radjy*

Keystone
En Suisse, nous gérons 6.900 milliards de francs selon le Secrétariat d’Etat pour la Finance Internationale («SIF»), dont 1.520 milliards investis de façon durable.

Depuis 2019, les Nations Unies marquent le 4 décembre comme la Journée Internationale des Banques, afin de reconnaître le rôle clé des systèmes bancaires pour financer l’agenda 2030, notant à l’époque que la plupart des états membres n’avaient pas encore de plan financier concret pour financer la mise en œuvre des 17 objectifs de développement durable («ODD»).

Aujourd’hui, plus de 250 banques représentant plus de 40% des actifs bancaires mondiaux ont souscrit aux Principes de la Banque Responsable, afin de s’aligner sur les ODD et les Accords de Paris de 2015 sur le changement climatique. Le Guardian Weekly dénonçait pourtant les financements de 3.800 milliards de dollars octroyés par les 60 banques les plus importantes du monde au secteur des énergies fossiles depuis 2016, et leur augmentation constante jusqu’en 2020. 16 de ces banques ont par ailleurs rejoint l’Alliance Bancaire Net-Zéro pour la décarbonisation des stratégies d’investissement, lancée en avril 2021.

Le contraste entre les engagements de ces banques et leurs pratiques est d’autant plus frappant que selon un rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie de mars 2021, les rendements des énergies renouvelables est supérieur de 367% à celui des énergies fossiles depuis 2010.

Pour mobiliser l’industrie financière à grande échelle, il faudra des cadres réglementaires plus exigeants
Tim Radjy

Selon le dernier rapport du Boston Consulting Group de juin 2021, les actifs financiers mondiaux s’élevaient à 250.000 milliards de dollars à la fin 2020, à comparer aux 35.000 milliards investis dans la finance durable à la même période selon Bloomberg. En Suisse, nous gérons 6.900 milliards de francs selon le Secrétariat d’Etat pour la Finance Internationale («SIF»), dont 1.520 milliards investis de façon durable, avec 85 milliards alloués à la finance d’impact selon Swiss Sustainable Finance («SSF») à la même période.

Qu’il s’agisse du système bancaire international ou de l’industrie financière suisse, la route sera donc encore très longue avant de faire pencher la balance en faveur d’une économie mondiale plus durable et d’une société plus équitable.

Sur les jalons des nouvelles obligations liées au risque climatique annoncées par la Finma en mai 2021, plusieurs figures de proue ont pris de nouveaux engagements à Building Bridges cette semaine. Mais il semble clair que pour mobiliser l’industrie financière à grande échelle et dans les délais impartis par l’agenda 2030, il faudra des cadres réglementaires bien plus exigeants, comme ceux du régime SFDR de l’Union Européenne.

* Une chronique de la Communauté Building Bridges, avec le soutien de Sustainable Finance Geneva et du Groupe AlphaMundi.

Commentaires

Tim Radjy

AlphaMundi Managing partner