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L’école de la 4e révolution industrielle

L’intelligence artificielle propulse le monde pédagogique dans l’autonomisation cognitive, grâce notamment à la traduction automatique en temps réel. Par Xavier Comtesse et Philippe Grize

KEYSTONE
Avec l'IA, on parle de «la voiture autonome, celle qui roule sans chauffeur dans les rues de San Francisco et non l’automatisation du métro lausannois».

Alors que la première révolution industrielle a induit les bases de l’école moderne, aujourd’hui un bouleversement de même ampleur transforme le système de l’enseignement et de la formation.

Pour mieux comprendre cette évolution, citons divers changements dans l’éducation en quatre phases symbolisées par:

- Jules Ferry (1832-1893) avec les lois sur l’école publique laïque, gratuite et obligatoire, au temps de la 1ère révolution industrielle;

- Alfred Binet (1857-1911) avec les premiers tests QCM qui apparaissent avec la théorie de l’organisation scientifique du travail de Taylor et de fait avec les premières machines-outils de la 2e révolution;

- Seymour Papert (1928-2016) avec l’invention de la programmation éducative (langage Logo) à mettre en lien avec la période des commandes numériques de la 3e révolution industrielle;

- et aujourd’hui, les efforts du Consensus de Beijing (Unesco) sur l’intelligence artificielle (IA) dans l’éducation (2019) pour que ces technologies offrent un potentiel d’amélioration des capacités humaines et de protection pour les droits de l’homme en vue d’une collaboration efficace entre l’homme et la machine.

Dans l’univers actuel de la formation, la pandémie, tel un tsunami, a bouleversé dans un premier temps les habitudes bien ancrées de l’école. Cependant la véritable lame de fond est encore à venir, et elle s’appelle effectivement IA. Attention, le numérique et l’IA sont deux choses bien distinctes. Le numérique propose des outils technologiques (ZoomM, WhatsApp, etc.) et du contenu distribué (Wikipédia, Mooc, etc.). L’intelligence artificielle va propulser le monde pédagogique dans l’autonomisation cognitive avec par exemple la traduction automatique en temps réel, les «chatbots» d’apprentissage, etc.

Un avenir tout tracé pour l’autonomisation des machines, et non plus seulement leur automatisation
Xavier Comtesse et Philippe Grize

Si le numérique est issu de la 3e révolution industrielle (celle des ordinateurs commandant des machines comme par exemple les robots industriels), la 4e révolution industrielle a permis l’application de l’IA et du «machine learning» au savoir, démontrant au passage un avenir tout tracé pour l’autonomisation des machines, et plus seulement leur automatisation. Par exemple, la voiture autonome, celle qui roule sans chauffeur dans les rues de San Francisco et non l’automatisation du métro lausannois. Et la différence entre ces deux concepts est énorme, l’un procède avec des algorithmes déterministes, l’autre apprend et improvise avec des masses de données captées et analysées.

Pour revenir à l’avenir de l’école issue de cette nouvelle révolution industrielle, les objectifs ne sont certes pas encore déterminés. Il reste de la place pour la discussion et des choix pédagogiques, mais, déjà un nouveau vocabulaire émerge et de nombreuses expérimentations apparaissent sur le territoire du savoir. L’incubateur Pulse à Genève, l’école 42 à Lausanne, le FabLab à Neuchâtel ou encore l’école du métal à Bulle sont des expérimentations de ce nouveau monde 4.0.

>>>Pour en savoir plus: «Ecole 4.0», ouvrage collectif, parution 2 septembre 2022, éditions Georg

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Xavier Comtesse

Mathématicien et membre du Think Tank CODE_IA

Philippe Grize

HE-Arc Ingénierie Directeur

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