Article contributeur

Le transport aérien se donne des ailes

Le trafic a connu sa pire chute, mais le rebond est aussi spectaculaire. Le manque à gagner reste toutefois important. Par Marie Owens Thomsen

KEYSTONE
«En septembre dernier, le trafic mondial avait encore du chemin à parcourir pour se rétablir complètement, se situant à 74% de son niveau d’octobre 2019.»

Au cours des cinquante dernières années précédant la pandémie de 2020, le trafic aérien international a connu une croissance impressionnante. Mesuré en passagers kilomètres transportés (PKT), soit le nombre de passagers fois la distance de leur vol, l’activité des compagnies aériennes a ainsi connu une augmentation d’un facteur vingt. Au cours de cette même période, les PKT annuels ont suivi une tendance haussière régulière qui peut être décrite par une simple courbe de croissance exponentielle, avec un temps de doublement de douze ans en moyenne.

Pourtant, les ralentissements économiques mondiaux et d’autres crises ont eu un impact sur cette courbe, apparaissant comme des écarts négatifs non négligeables par rapport à la progression exponentielle des PKT d’une année sur l’autre. Jusqu’en 2020, les baisses les plus importantes du trafic sont liées à la guerre du Golfe (-4,6% en glissement annuel), aux attentats terroristes du 11 septembre (-2,9%) et à la crise financière mondiale (-1,2%). Historiquement, le temps qu’il a fallu à l’industrie pour se remettre de telles crises variait de un à trois ans.

En comparaison, la pandémie de Covid-19 a eu un impact sans précédent sur l’industrie. Les PKT ont chuté de 65,8% entre 2019 et 2020 et retrouvé leurs niveaux de 1999. En septembre dernier, le trafic mondial avait encore du chemin à parcourir pour se rétablir complètement, se situant à 74% de son niveau d’octobre 2019.

Alors que la reprise de l’industrie après la pandémie mondiale a été ralentie par divers facteurs tels que la guerre en Ukraine et la poursuite de la politique zéro Covid en République populaire de Chine, IATA Economics s’attend à ce que l’industrie retrouve le niveau de trafic de 2019 en 2024, avec l’Amérique du Nord en tête du peloton en 2023, suivi de l’Europe, de l’Amérique latine et du Moyen-Orient en 2024, et de l’Afrique et de l’Asie-Pacifique en 2025.

Si cette prévision se révèle exacte, l’industrie se sera remise de la pire crise de son histoire en seulement quatre ans, avec un taux de reprise cinq fois plus rapide que la croissance observée au cours des vingt dernières années - un résultat phénoménal par rapport aux reprises passées et compte tenu de la gravité de la contraction infligée par la politique menée pendant la pandémie.

En 2023, la marge des compagnie aérienne correspondra à 90 centimes par passager, même pas le prix d’un litre de lait
Marie Owens Thomsen

Pour ce qui est des résultats financiers, l’industrie aérienne avait réalisé sa meilleure décennie entre 2009 et 2019, avant d’encaisser 138 milliards de dollars de perte en 2020 et de 42 milliards de dollars en 2021. La forte reprise de l’activité cette année devrait réduire cette perte à près de 7 milliards de dollars, et permettre le retour à la profitabilité en 2023, avec un profit proche de 5 milliards de dollars. Ceci est une bonne nouvelle non seulement pour les compagnies aériennes mais également pour toute la chaîne qui ensemble rende le transport aérien possible, contribuant à la résilience du secteur des transports dans sa globalité.

La reprise de l’activité, ainsi que l’amélioration des résultats financiers, s’est articulée dans un contexte macroéconomique et géopolitique tendu. Les coûts ont augmenté fortement, notamment ceux de l’énergie dont la facture représente 30% des dépenses des compagnies aériennes. Ces coûts élevés rendent difficile la reconstitution de la marge des compagnies aériennes qui restera en toute probabilité inférieure à 1% en 2023. Pour le dire plus concrètement, cela correspondant à 90 centimes par passager, même pas le prix d’un litre de lait ou d’une baguette.

Commentaires

Marie Owens Thomsen

Iata Economiste en chef