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Le rebond du trafic aérien européen s’estompe

On constate une baisse des réservations pour le quatrième trimestre par rapport au trimestre précédent. Par Marie Owens Thomsen

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«Un retour prématuré à la règle de 80%, alors que les réservations suggèrent une demande inférieure à 70%, aurait l’effet pervers d’encourager les compagnies aériennes à voler à vide cet hiver.»

L’économie mondiale perd de son élan principalement en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et de la politique zéro Covid menée par la Chine. En 2021 la croissance économique mondiale s’élevait à 6%. Cette année, le taux devrait se réduire à 3%, et les projections pour 2023 s’assombrissent encore. Vu le ralentissement de la croissance, les inquiétudes concernant une récession mondiale augmentent.

En revanche, de nombreux pays affichent des taux de chômage historiquement bas, ce qui protège l’économie mondiale. Ceci parce que l’effet positif de toucher un salaire est plus important que l’effet négatif de la perte de pouvoir d’achat que l’inflation engendre. En outre, la politique monétaire reste accommodante dans la mesure où les taux directeurs nominaux sont inférieurs aux taux d’inflation. Ces facteurs devraient atténuer le spectre d’une récession majeure.

Toutefois, l’Europe en particulier devrait faire face à un hiver difficile en raison de la hausse des prix de l’énergie et des pénuries probables d’approvisionnement. Dans ce contexte, il est vraisemblable que le fort rebond du trafic aérien en 2022 s’estompe à la fin de l’année en Europe.

On constate en effet une baisse des réservations pour le quatrième trimestre
Marie Owens Thomsen

Pour analyser la tendance du trafic aérien, nous pouvons regarder les réservations de vols futurs. Le 20 juin 2022, les réservations pour des voyages prévus pour le troisième trimestre représentaient 76% du niveau de 2019, avec une tendance à la baisse de mois en mois au cours du trimestre en raison du comportement de réservation tardive des voyageurs. On constate en effet une baisse des réservations pour le quatrième trimestre par rapport au trimestre précédent.

Exprimées en pourcentage des niveaux de 2019, les réservations au 20 septembre pour des voyages en octobre sont inférieures de 5 points de pourcentage à celles de juillet, et pour novembre, de 4 points inférieures aux voyages effectués en août. Décembre n’est qu’à 1 point en dessous de septembre, mais toujours à seulement 66% des niveaux de 2019.

Il est encourageant de constater que les réservations ne diminuent pas davantage malgré le contexte économique difficile, mais il est probable que le marché européen se maintiendra un tiers en dessous de son niveau de 2019 à la fin de cette année.

Attention à «l’effet pervers d’encourager les compagnies aériennes à voler à vide cet hiver»
Marie Owens Thomsen

Réfléchissons ensuite à l’impulsion politique de revenir aux règles de 2019 concernant l’utilisation des créneaux d’atterrissage et de décollage attribués aux compagnies aériennes. Les régulateurs de l’aviation civile utilisent des créneaux pour gérer le trafic aérien dans certains aéroports à capacité limitée afin d'éviter les retards et congestions supplémentaires. Les compagnies aériennes qui ne desservent pas ou peu ces aéroports les plus affectés par ces retards ou congestions évitent en grande partie ces contraintes. Avant la pandémie, les compagnies aériennes soumises aux créneaux étaient tenues d’utiliser 80% de ceux qui leur étaient attribués. Sinon, elles risquaient de perdre cette attribution auprès de l’aéroport concerné.

Durant la crise du Covid, cette règle a été assouplie et se situe à 64% jusqu’à fin octobre 2022 dans l’Union Européenne. Un retour prématuré à la règle de 80%, alors que les réservations suggèrent une demande inférieure à 70%, aurait l’effet pervers d’encourager les compagnies aériennes à voler à vide cet hiver. Impensable en temps de pénurie d’énergie et alors que les compagnies aériennes s’efforcent de réduire leurs émissions.

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Marie Owens Thomsen

Iata Economiste en chef