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Evitons le gaspillage dans la formation

L'enseignement coûte cher. Il constitue le meilleur investissement de tous: il n’est de richesse que d’hommes. Par Jacques Neirynck

Keystone

Quarante candidats, quarante échecs: c'est le bilan d'un examen de français à la Haute école pédagogique BEJUNE à Delémont. Deux étudiants ont choisi de témoigner: l'examen ne correspondait pas complètement à la matière enseignée.

De futurs maîtres qui ne maitrisent pas la langue française qu’ils devront enseigner et, pire, dans laquelle ils devront enseigner toutes les matières, c’est l’équivalent des pompiers pyromanes, des prêtres pédophiles, des juges prévaricateurs, de parents absents. Leur indignation naïve montre l’abîme d’incompréhension où ils sont plongés. Il n’est pas nécessaire de préparer un examen portant sur l’orthographe: celle-ci doit être acquise dès le primaire.

Or, une idéologie insidieuse se répand à ce sujet. Nous avons eu entre les mains un cours d’une autre HEP, portant sur la «sociologie de l’éducation» (?), dont un thème principal était l’influence nocive de l’orthographe.

Acquise spontanément par les enfants de la classe privilégiée, qui baignent dans une langue orale correcte, elle défavorise au contraire les enfants dont les parents ne sont pas dans cette situation, en particulier les immigrés qui ne parlent pas le français. Le diagnostic est juste.

Dès lors il existe deux remèdes: un positif consistant à encadrer plus étroitement les enfants défavorisés par des devoirs surveillés, des cours supplémentaires, des classes plus restreintes; l’autre négatif qui consiste à décrier l’orthographe, à la négliger, voire à décréter qu’elle change sur le territoire d’un canton. 

On peut se doter de toutes les machines du monde, elles ne fonctionneront qu’entre les mains de gens compétents.

Or, l’enseignement est financé par l’argent public, celui des contribuables. Il coûte cher et est dispensé largement car il constitue le meilleur investissement de tous: il n’est de richesse que d’hommes.

On peut se doter de toutes les machines du monde, elles ne fonctionneront qu’entre les mains de gens compétents. Cela vaut pour un tracteur comme pour un tribunal, une locomotive comme un journal. Dans la situation actuelle, cet investissement est mal réparti. Serait-il indécent de mettre les différentes écoles en concurrence et de mesurer leur efficacité sur la base des résultats obtenus? A cette aune, la HEP jurassienne cesserait d’exister. Que n’envoie-t-on tous les futurs maîtres de l’enseignement primaire et secondaire directement dans les universités qui dispensent des cours de pédagogie et qui sont déjà financées, apparemment à plus juste titre?

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Jacques Neirynck

Ancien Conseiller national