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Le désaveu de la science suisse

Ce que l’exclusion de la Suisse des programmes Erasmus et Horizon signifie. Par Jacques Neirynck

Keystone
«La science conditionne l’innovation dans les firmes établies et par le surgissement de start-up.»

Deux indices inquiétants illustrent le désaveu de la science suisse, non seulement lié au désintérêt mais aussi à une claire méfiance des milieux politiques.

D’une part, l’exclusion de la Suisse des programmes Erasmus et Horizon: le premier permettait l’échange d’étudiants entre universités suisses et européennes; le second la participation pleine et entière de la Suisse aux programmes européens de recherche allant jusqu’à la direction de ceux-ci.

Leur résiliation fut le premier résultat de la rupture des négociations avec l’UE. Pour pallier ces deux lacunes, la Confédération propose de financer les demandes de crédit des universités suisses qui étaient auparavant financées par l’UE. Mais les hautes écoles estiment que cela ne suffit pas. Car la recherche scientifique n’est pas seulement une question de financement.

D’autre part, la présidente du Conseil national a organisé une séance d’information du parlement par des spécialistes du climat. Il y eut à peine le tiers des parlementaires qui ont daigné y assister. Une manifestation non seulement de désintérêt pour la transition climatique, mais carrément de mépris pour la science en général.

Si la science suisse déclinait, l’économie en pâtirait
Jacques Neirynck

Cela vaut donc la peine de rappeler et de préciser ce que la science signifie aujourd’hui dans l’économie du pays. Elle conditionne l’innovation dans les firmes établies et par le surgissement de start-up. Elle maintient ainsi la compétitivité d’un pays caractérisé par des salaires élevés et une main d’œuvre très qualifiée. Si la science suisse déclinait, l’économie en pâtirait. Pas tout de suite, mais à l’échelle d’une génération lorsque le dynamisme acquis par la recherche en Suisse se sera affaibli.

Il ne suffit pas de financer la recherche comme si c’était une activité manufacturière dont on améliore forcément la productivité en réformant l’équipement technique. Il y a dans la science une dimension impalpable, comme dans la culture ou dans la religion. Il y faut des esprits entrainés aux disciplines fondamentales mais aussi stimulés par une tendance à remettre en question les évidences les mieux établies.

Il n’y a pas de science nationale qui puisse subsister sans contact informels et officiels avec le reste de la planète. Ce furent les fonctions remplies par Erasmus et Horizon. Il ne suffit donc pas de financer des activités dans des universités suisses pour pallier la perte d’Horizon. De même les étudiants ne se déplaceront plus aussi facilement qu’avec Erasmus parce qu’il faudra que chaque université suisse négocie avec l’étranger pour cet échange. Et enfin les étudiants étrangers auront moins tendance à passer une année dans une université suisse.

Les parlementaires qui boycottent les séances d’information scientifique ont bien compris que la science influence de plus en plus la politique parce qu’elle établit des faits que l’on ne peut plus ignorer en établissant une politique. C’est donc une perte croissante de leurs pouvoirs.

Jadis le Baron louis, ministre français des finances, énonça sa doctrine «Faites moi de bonnes finances et je vous ferai de bonnes politiques». Aujourd’hui on peut ajouter: «Faites-moi une bonne science et je vous ferai une bonne politique.»

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Jacques Neirynck

Ancien Conseiller national