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Le curieux cas du plein-emploi récessionniste

La croissance ralentit alors que les taux de chômage sont au plus bas. Par Marie Owens Thomsen

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«Les Américains ne sont pas les seuls à bénéficier des taux de chômage frôlant le plein-emploi.»

Les Etats-Unis sont rentrés en récession au deuxième trimestre de 2022, leur produit intérieur brut (PIB) ayant reculé de 0,9% après une contraction de 1,6% lors du premier trimestre – la définition de récession étant deux trimestres consécutifs de baisse. Il faut pourtant souligner que les Américains mesurent l’évolution trimestrielle en «annualisé», c’est-à-dire l’évolution trimestrielle multipliée par quatre (trimestres). Ainsi, les contractions constatées sont de 0,4 % et de 0,2 % respectivement lors du premier et du deuxième trimestre en évolution trimestrielle non annualisée. Par rapport au même trimestre en 2021, l’économie américaine a continué de croître, de 3,5% au premier trimestre et d’1,6% lors du deuxième.

Malgré ce ralentissement de la croissance, l’économie américaine surprend avec un marché de travail qui frôle le plein-emploi: 5,8 millions d’emplois non agricoles ont été ajoutés au cours des douze derniers mois. Par rapport à son niveau d’avant la pandémie en février 2020, le nombre total de personnes qui ont un travail actuellement est supérieur de 240 mille. En août, le taux de chômage se situait à 3,7% - un des taux les plus bas depuis au moins 50 ans.

Une observation importante dans ce contexte est que la participation au marché du travail reste inférieure au taux de participation de février 2020. Ce bémol est relativisé par le fait que la participation des travailleurs âgés de 24 à 54 ans, la tranche d’âge la plus active, était de 82,4% en juillet 2022 et très proche du 83,0% de février 2020. En outre, le nombre de travailleurs dans la force de l’âge ayant un emploi (par opposition au taux de participation) dépasse désormais légèrement son niveau de février 2020.

Dans le secteur du transport aérien, les emplois sont en hausse de plus de 16% depuis août 2021 et ont également dépassé le niveau le plus élevé, enregistré en mars 2020.

Tant que le chômage reste bas et continue même de baisser, le ralentissement de la croissance est moins à craindre
Marie Owens Thomsen

Les Américains ne sont pas les seuls à bénéficier des taux de chômage frôlant le plein-emploi. Dans la zone euro le chômage se situait à 6,6% en juin 2022, le niveau le plus bas depuis 1990. En Suisse, le taux de chômage s’élevait à 2,0% en août ce qui est le plus faible depuis 2001. Au niveau mondial, l’Organisation internationale du travail prévoit que le taux de chômage baissera à 5,7% en 2022, par rapport aux 6,2% affichés en 2021 et 6,6% en 2020.

La croissance du PIB mondial a ralenti aux alentours de 3,0% en 2022, par apport aux 6,1% de croissance constatés en 2021, ce qui signifie une sorte de retour à la normale étant donné que le taux de croissance moyen à long terme est d’environ 3,5%. Le fait que davantage de personnes ont un emploi est d’une importance majeure car environ 60% du PIB mondial découle de la consommation privée. Certes, malgré les hausses de salaires, le pouvoir d’achat est minoré par le taux d’inflation, mais tant que le chômage reste bas et continue même de baisser, le ralentissement de la croissance est moins à craindre.

Il est réjouissant de constater que les hausses de salaires ont été plus importantes pour les bas salaires, contribuant actuellement à une réduction des inégalités, en tout cas aux Etats-Unis. Pour les compagnies aériennes, l’impact sur les résultats devrait être limité dans la mesure où les salaires dans le secteur sont plus élevés que la moyenne: en 2021 le salaire moyen dans le secteur était de 120.000 dollars par an aux Etats-Unis, contre 58.000 pour l’ensemble des secteurs.

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Marie Owens Thomsen

Iata Economiste en chef