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La mobilité et la propagation du Covid

Plusieurs études récentes indiquent que les restrictions sanitaires concernant les voyages internationaux produisent des effets limités. Par Marie Owens Thomsen

Keystone
«Oxera et Edge Health analysent que la suppression immédiate de toutes les exigences de tests pour les voyages internationaux n’aurait eu aucun impact sur la propagation d’omicron.»

La Suisse figure parmi les pays européens qui ont supprimé ou allégé les restrictions sur les voyages internationaux en ce début d’année, en compagnie de la Suède, la Finlande, le Danemark, l’Islande, et l’Estonie, entre autres. Ces levées de restrictions peuvent étonner dans la mesure où le nombre d’infections ne cesse de grimper.

Pourtant, des études publiées en 2021 suggèrent que des restrictions concernant les voyages internationaux ne sont efficaces qu’au début d’une pandémie. Ceci dit, même cette efficacité précoce présumée semble limitée. Une étude dans Nature analyse que 63% des mesures qui étaient en place en juin 2020 ne contribuaient déjà plus à limiter la propagation du virus. Les chercheurs reconnaissent pourtant qu’une approche globale et coordonnée aurait sensiblement augmenté l’efficacité de ces mesures.

Faute d’une telle coordination mondiale, des études menées par Oxera et Edge Health sont pertinentes. Elles révèlent que les restrictions sur les voyages introduits au Royaume-Uni, en l'Italie et en Finlande n’ont pas limité la propagation du virus. En outre, la propagation d’omicron n’aurait pas été impactée, même si les restrictions avaient été déjà introduites début novembre – le varian omicron ayant été détecté le 24 novembre. Surtout, Oxera et Edge Health analysent que la suppression immédiate de toutes les exigences de tests pour les voyages internationaux n’aurait eu aucun impact sur la propagation d’omicron.

Il est devenu difficile de défendre et de maintenir des mesures inefficaces qui visent un risque en voie de disparition
Marie Owens Thomsen

Le facteur qui rend pratiquement tout défense impuissante est la transmissibilité élevée de ce variant. Les estimations basées sur les modèles de l'Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) suggèrent que vers le 17 janvier 2022, il y avait 125 millions infections à l'omicron par jour dans le monde, soit plus de dix fois le pic de la variante delta en avril 2021. A ce rythme, plus de 50% du monde aura été infecté par omicron entre fin novembre 2021 et fin mars 2022. Fort heureusement, le risque couru par nos systèmes sanitaires est bien moindre concernant omicron que celui posé par le variant delta – les patients touchés par le premier auraient un risque d'hospitalisation réduit de 53%, un risque d'admission aux soins intensifs réduit de 74% et un risque de décès réduit de 91%. L'immunité croissante de la population grâce aux infections naturelles et aux vaccinations diminue de la même manière les risques – au Royaume-Uni ce taux d’immunité est estimé à 97% par l’Office national des statistiques.

Après avoir passé le pic d’infections, le monde devrait pouvoir s’attendre à une période de faible transmission tant que les taux d’immunité resteront élevés. Il serait par la suite probable que l’on puisse proclamer la fin de la pandémie, même si le virus hideux refera surface de manière intermittente, comme les périodes grippales que nous affrontons tous les ans.

Il est alors devenu difficile de défendre et de maintenir des mesures inefficaces qui visent un risque en voie de disparition. Ces mesures sont encore moins justifiables en prenant en compte également le coût économique associé. Le conseiller fédéral Ueli Maurer disait en 2020 qu’environ 40% des exportations suisses et 20% des importations vers le pays se font par les airs. Plus de 50% des touristes étrangers arrivent en Suisse par avion. Ainsi, le secteur d’aviation a une importance systémique en Suisse, générant environ 5% du PIB et donc équivalent à l’importance du secteur bancaire – voilà un fait plutôt étonnant.

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Marie Owens Thomsen

Iata Economiste en chef