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La loi sur le cinéma, une opportunité pour l’économie suisse

Au moment où notre secteur touristique a besoin d’un nouvel élan, il serait contre-productif de se priver de cette opportunité. Par Christian Pauletto

Keystone
«Le modèle d'affaires des Netflix, Disney+ et autres Amazon consiste à générer des revenus publicitaires sur leurs plates-formes en Suisse, souvent sans création d’emplois locaux et transférer leurs revenus vers leurs sièges, ou ailleurs.»

Pourquoi une opportunité? D’abord parce que la production cinématographique est un pan important du secteur de l’économie créative, un secteur en croissance dans la plupart des pays. Mais surtout parce que cette activité engendre de nombreuses externalités positives.

On parle beaucoup des externalités négatives en ces temps dominés par les défis écologiques. Or, ici nous avons à faire au cas inverse. Cet aspect devra être pris en compte dans le bilan des avantages et inconvénients de la modification de la loi sur le cinéma soumise au vote populaire le 15 mai prochain.

La principale externalité est en lien avec la promotion de la Suisse. Un film ou une série, ce sont aussi des paysages et des histoires. Ce sont par exemple nos montagnes ou nos lacs, nos particularismes culturels ou sociétaux. Autant d’aspects qui à travers le cinéma font connaître notre pays ici et à l’étranger, éveillent le désir d’en découvrir plus, et rendent notre pays ou nos régions plus attractifs. Au moment où notre secteur touristique a besoin d’un nouvel élan, il serait contre-productif de se priver de cette opportunité. Car le cinéma c’est une mesure de promotion du pays qui ne coûte rien aux contribuables et à l’économie. Les Américains l’ont bien compris depuis le début du siècle passé. Lorsqu’en même temps il permet de dégager des profits, c’est gagnant-gagnant.

Par son langage et son message souvent plus émotionnels, personnels, réalistes et directs, c’est un complément essentiel à la promotion économique «institutionnelle» que conduisent la Confédération, les cantons et certaines faîtières de l’économie.

Il y a aussi des retombées locales via les dépenses de tournage: hôtels, restaurants, artisans locaux, et autres prestataires de services. Dans une grande ville c’est une goutte d’eau, certes, mais dans une petite vallée cela peut apporter beaucoup.

À l’heure de tous les doutes et de tous les risques, entre pandémie et confrontation Est-Ouest, entre sanctions et contre-sanctions, il convient de garder nos atouts et de renforcer la place économique suisse
Christian Pauletto

Il faut cesser de considérer les secteurs créatifs comme de simples clubs de subventionnés. La création est un secteur économique à part entière, qui procure des emplois et des perspectives professionnelles, qui permet à nos jeunes d’acquérir des compétences souvent transférables, qui contribue à notre produit intérieur. Et pour ceux que dérangent les subventions somme toute modestes allouées au cinéma suisse ou les taxes, et bien justement le mécanisme prévu par la modification de loi évite les unes et les autres. Son impact est nul pour les dépenses publiques. Il permettra de diversifier l’offre en films suisses car les choix de production ne seront pas faits par une commission fédérale mais par des plateformes privées.

De l’autre côté de l’équation, nous trouvons principalement des mastodontes de l’audiovisuel, pour ne pas dire des Godzilla, tels Netflix, Disney+ et autres Amazon, dont le modèle d’affaires consiste à générer des revenus publicitaires sur leurs plates-formes en Suisse, souvent sans création d’emplois locaux et, cerise sur le gâteau, transférer leurs revenus vers leurs sièges, ou ailleurs.

Dans les pays de l’UE, ces plates-formes sont déjà soumises à des obligations d’investissement similaires à ce que prévoit la nouvelle loi – d’ailleurs alignée sur la Directive «services de médias audiovisuels» de l’UE – mais d’un montant bien supérieur aux 4% prescrits par la loi. La mise en œuvre de cette norme communautaire s’est faite sans accroc ni incidence sur les prix de l’offre des plateformes.

À l’heure de tous les doutes et de tous les risques, entre pandémie et confrontation Est-Ouest, entre sanctions et contre-sanctions, il convient de garder nos atouts et de renforcer la place économique suisse. Le modèle proposé par la loi permet de donner de l’oxygène à un secteur de notre économie, à dynamiser la promotion de notre pays, et à diversifier l’offre de films et séries sur nos écrans. Tout cela sans apport du contribuable ni répercussion sur les prix. Votons Oui à la modification de la loi sur le cinéma.

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Christian Pauletto

Parti Le Centre Membre de la présidence, Canton de Genève