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La liberté économique, moteur de confiance et de tolérance

Réflexion sur l'ouverture aux autres et son impact sur la création de valeur. Par Niclas Berggren et Therese Nilsson

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Question de la World Values Survey: la part de la population qui répond «On peut faire confiance à la plupart des gens» à la question «En général, pensez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou que l’on ne peut pas être trop prudent?» La confiance sociale la plus élevée, avec des parts avoisinant les 2/3, se trouve dans les pays scandinaves. Le score des États-Unis est de 36% (17e position).

Ce texte est extrait d'un livre* édité sous la direction de Nicolas Jutzet et qui paraît ce vendredi 25 novembre.

La confiance sociale est l’une des caractéristiques culturelles les plus importantes d’une société. Par confiance sociale (ou généralisée), on entend la confiance généralisée dans les gens en général, dans les personnes que l’on ne connaît pas ou sur lesquelles on n’a pas d’informations particulières. Elle révèle quelque chose de fondamental sur la façon dont les gens considèrent les autres dans leur société: ce qu’ils attendent du comportement de personnes plus ou moins aléatoires. Il est donc probable qu’elle ait également un impact sur leur propre comportement: ils se sentent à l’aise pour interagir et s’engager avec des étrangers, en particulier lorsque cette interaction et cet engagement impliquent une incertitude et un risque.

Un nombre important mais toujours croissant de recherches empiriques documente le fait que la confiance sociale joue un rôle important pour une série de résultats communément jugés comme étant positifs. Pour ne citer que quelques exemples, la confiance sociale semble propice à une croissance économique plus élevée, à davantage de délégation dans les entreprises, à une meilleure santé, à davantage d’éducation, à une meilleure gouvernance, à une plus grande participation au marché boursier et aux peer-platform markets, à des banques centrales plus indépendantes, à davantage de réformes libérales, et à des taux plus élevés de bien-être subjectif.

L’Etat de droit crée l’attente que ceux qui se comportent de manière antisociale seront punis et que ce comportement sera donc assez rare

Par conséquent, une question centrale est de savoir ce qui détermine la confiance sociale. Berggren et Jordahl testent l’idée selon laquelle le type d’institutions économiques et juridiques – c’est-à-dire la liberté économique – joue un rôle. [...] Ils avancent l’hypothèse que la liberté économique a un effet positif sur la confiance, à travers deux mécanismes. Un mécanisme direct découle de l’Etat de droit qui crée l’attente que ceux qui se comportent de manière antisociale seront punis et que ce comportement sera donc assez rare. Cela incite les gens à faire confiance aux autres. Un effet indirect découle de la participation au processus de marché que les institutions de marché permettent: cette participation incite les gens à faire confiance aux autres parce qu’ils font l’expérience que les autres sont dignes de confiance dans les interactions réelles, et une généralisation s’ensuit.

Pour mesurer la confiance sociale, Berggren et Jordahl utilisent la mesure standard de la World Values Survey: la part de la population qui répond «On peut faire confiance à la plupart des gens» à la question «En général, pensez-vous que l’on peut faire confiance à la plupart des gens ou que l’on ne peut pas être trop prudent?» Dans leur échantillon de quelque 50 pays, la confiance sociale la plus élevée, avec des parts avoisinant les 2/3, se trouve dans les pays scandinaves. Trois pays ont des scores inférieurs à 10%: les Philippines, l’Ouganda et le Brésil. Le score des États-Unis est de 36% (17e position).

Peut-on établir que la liberté économique est liée à la confiance sociale d’une manière statistiquement significative en contrôlant d’autres facteurs et, si oui, quels éléments de la liberté économique importent? Lorsque l’on tient compte du PIB par habitant, de la proportion de personnes ayant terminé des études secondaires supérieures, de l’inégalité des revenus, du clivage confessionnel, de la proportion de la population appartenant à une religion hiérarchisée et de la proportion de personnes âgées de moins de 35 ans, la liberté économique est en effet liée positivement à la confiance sociale de manière statistiquement significative, tout comme les trois domaines constitutifs suivants de l’indice: le système juridique et la sécurité des droits de propriété, la stabilité monétaire et (parfois) la liberté en matière de réglementation. [...]

L’ouverture aux personnes, indépendamment des caractéristiques du groupe, peut entraîner un dynamisme économique

Pourquoi la tolérance est-elle souhaitable? Le plus important est peut-être que la tolérance implique une meilleure vie pour les minorités de toutes sortes. Dans une société tolérante, les personnes sont évaluées sur leurs mérites, et non sur la base de la possession d’une certaine caractéristique sans rapport avec leurs qualités dans la vie sociale et économique. Inglehart, Foa, Peterson et Welzel et Berggren, Bjørnskov et Nilsson ont également constaté que le bien-être subjectif est plus élevé dans les sociétés tolérantes, non seulement pour les minorités de toutes sortes, mais aussi pour la majorité, car il est fréquent que la plupart des gens n’éprouvent pas de malveillance à l’égard d’autrui et profitent du fait que ceux qui sont différents peuvent participer à toutes sortes d’activités.

En outre, la tolérance a des conséquences économiques. Dans son étude des conditions historiques du progrès économique, Mokyr constate que «l’innovation requiert de la diversité et de la tolérance». Florida explique pourquoi l’ouverture aux personnes, indépendamment des caractéristiques du groupe, peut entraîner un dynamisme économique: «Les milieux qui sont ouverts et possèdent de faibles barrières à l’entrée pour les personnes tirent un avantage en termes de créativité de leur capacité à attirer des personnes d’origines très diverses. Toutes choses égales par ailleurs, les milieux plus ouverts et diversifiés sont susceptibles d’attirer un plus grand nombre de personnes talentueuses et créatives – le type de personnes qui favorise l’innovation et la croissance».

*«Faut-il tolérer l'intolérance?», Sous la direction de Nicolas Jutzet, éditions Institut libéral, 187 pages

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Niclas Berggren

Institut de recherche en économie industrielle de Stockholm Professeur associé

Therese Nilsson

Université de Lund Professeur associé d'économie

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