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La culture gérée par l’administration

Par Jacques Neirynck

Ainsi les cantons romands viennent de décider de modifier l’orthographe du français, comme si la langue entrait dans leur juridiction.

Certes toutes les langues ont pour nature d’évoluer. Le latin n’a-t-il pas éclaté d’abord en une foule de dialectes locaux qui se sont finalement agglomérés autour de six à sept langues qui elles-mêmes n’ont pas cessé d’évoluer? Il n’est donc pas question de se récrier devant des tentatives de remise à jour. Sauf que celle-ci concerne l’orthographe. On peut et on doit en dire tout le mal qu’elle mérite, par ses complications infinies qui ont pour seul mérite de créer le métier de grammairien et les fonctions d’enseignants. Dans un pays francophone, les enfants parlent le français quand ils abordent l’école obligatoire. Ils le parlent, mais ils ne le lisent ni ne l’écrivent.

On conçoit donc que la maîtrise de l’orthographe ne soit pas à la portée de tout le monde, spécialement des enfants élevés dans des familles démunies de livres, de journaux ou de revues. Cela existe. C’est donc un facteur de discrimination sociale fondée non sur l’argent, mais sur la culture. Des instituteurs ou des enfants d’instituteurs (Marcel Pagnol) peuvent concurrencer des fils de banquiers. Insolent. L’orthographe n’est donc qu’un fragment de la culture, un bien gratuit que peuvent s’approprier les plus modestes, moyennant de la persévérance et de l’engagement. A ce titre, elle mérite quelque attention au moment de la bazarder.

Si l’effort demandé à l’élève est pénible, il est urgent de le réduire. Telle est l’inspiration de cette pédagogie du relâchement des exigences. Le but n’est pas d’enseigner mais de socialiser dans une bonne ambiance décontractée. C’est le concept «Club Med» de l’école.

Il a la vertu inestimable de laisser à leur place ceux qui n’en ont guère. Pour certains partis, leur électorat se recrute d’ailleurs parmi les humbles et les offensés, les diplômés à la sauvette, les rejetons de familles défavorisées sans accès à la culture en général. Il ne faut pas trop ébranler leur condition pour qu’ils restent fidèles aux seuls partis qui leur promettent toujours que cela changera et qui se gardent bien de le faire jamais.

La culture apparaît ainsi comme l’ennemie de certains intérêts politiques, très particuliers. Ce n’est pas nouveau. Ce n’est pas propre à notre pays. Bien avant, bien ailleurs, certains dictateurs l’avaient compris.

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Jacques Neirynck

Ancien Conseiller national

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