Article contributeur

Diplomatie scientifique ou usine à gaz?

Début octobre se tient le sommet Gesda à Genève. Par Guy Mettan

Après deux ans et demi d’une gestation qui aura englouti deux millions de francs, le Geneva Science and Diplomacy Anticipator (Gesda), comme il s’appelle pompeusement en anglais, tiendra son premier «sommet» à Genève début octobre, avec une centaine d’intervenants provenant presque exclusivement des pays occidentaux et de la sphère d’influence anglo-saxonne.

Normal, dira-t-on, puisque les pays occidentaux viennent en tête de l’excellence scientifique et que leurs universités se classent aux premiers rangs des classements internationaux.

La composition des 67 membres du Forum académique reflète bien cette prédominance, qui ne compte pas un seul représentant russe ni arabe tandis que l’Amérique latine ne semble avoir qu’une seule scientifique valable (d’origine espagnole), que l’Afrique est représentée par deux Sud-Africains et l’Asie tout entière, Chine et Japon inclus, par cinq représentants seulement. Même si le mérite se doit d’ignorer la géographie et la démographie, on peut quand même s’étonner de cette curieuse disparité.

Surtout si l’on tient compte du but affiché du Gesda. Lequel, comme son nom l’indique, veut mettre l’accent sur la diplomatie et «créer un instrument d’anticipation scientifique au service du multilatéralisme» et «attirer de nouveau acteurs au sein de l’écosystème genevois».

Comment réaliser ce but en étant si peu diversifié et avec un seul Chinois et un seul Japonais alors que ces deux pays figurent dans le trio de tête des dépositaires mondiaux de brevets? Et comment revivifier la diplomatie multilatérale si elle se limite à quinze pays riches en ignorant les 178 autres membres des Nations Unies? Voilà un défi qui devra bien être relevé un jour si le Gesda veut tenir ses promesses.

Car le mariage de la science et de la diplomatie est un peu celui de la carpe et du lapin. La diplomatie n’est pas une science, c’est un art. Elle ne requiert pas les mêmes talents ni la même approche que la science. Les consulats scientifiques mis en place par la Suisse il y a une vingtaine d’années ont montré l’ampleur des difficultés, malgré un dynamisme certain. Mais leur but était au moins clair puisqu’il s’agissait d’identifier les grandes tendances et de favoriser l’essor de la place scientifique suisse. Mais aujourd’hui, les ambitions sont beaucoup plus grandes et probablement trop vastes, même si le sommet d’octobre affiche des scientifiques de qualité.

Commentaires

Guy Mettan

Journaliste indépendant