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Covid : la coopération internationale, contribution indispensable à la sortie de crise

Le Covid a, on le sait, fortement souligné les inégalités sur notre Planète. Mais aussi les disparités entre Etats quant à leur manière de réagir.

Ce premier semestre 2020 a clairement montré que seuls ceux ayant maintenu une protection sociale et une pratique de définir les conditions-cadre de l’économie ont pu à la fois prendre des mesures sanitaires effectives et compenser, au moins partiellement, leurs effets sur les activités économiques, culturelles et sociales.

Les pays du Sud global font face au cruel dilemme de ne pas restreindre les activités, et d’exposer alors leurs populations au virus ou de prendre des mesures de fermeture, et de rejeter des centaines de millions de personnes dans la grande pauvreté. Malheureusement, souvent ces deux effets se sont additionnés. Car comment se laver les mains quand on n’a pas d’eau propre à disposition, ce qui est le cas pour plus de 600 millions d’humains? Comment appliquer les gestes barrières dans les bidonvilles, cadre de vie de près d’un milliard de personnes?

Selon l’ONU, 1,6 milliard de travailleurs (surtout des travailleuses) du secteur informel sont gravement impactés par les fermetures d’activités et, au 1er semestre 2020, 370 millions d’enfants étaient privés de repas scolaires, souvent le seul vrai repas de la journée. Pour la première fois depuis longtemps, la faim progresse de nouveau, tout comme la pauvreté. Quant aux équipements de santé, leur insuffisance est patente: près de 2,5 milliards de personnes n’ont, selon l’OMS, pas accès aux soins de base.

C’est l’occasion de se rappeler que, voici 50 ans, les Etats industrialisés s’étaient engagés à l’Assemblée générale des Nations unies de consacrer 0,7% de leur revenu national brut à l’aide publique au développement. Nous sommes actuellement à 0,3%, bien loin de l’objectif ; cela représente toutefois quelque 150 milliards de $ par an pour soutenir l’accès aux soins, à une alimentation saine et suffisante, à un logement et à un travail décents, à l’eau ou à l’éducation des populations les plus démunies.

La Suisse est présente sur ce terrain depuis longtemps, à travers les programmes de la DDC et les actions de nombreuses ONG dédiées. Le 21 septembre dernier, le Parlement fédéral a voté les crédits-cadre de la stratégie de coopération internationale de la Suisse présentés par le Conseil fédéral. A cette occasion, la contribution de la coopération à la sortie de crise a été actée et reconnue, le Conseil fédéral la qualifiant d’investissement dans la liberté, la sécurité et la prospérité de la Suisse et du monde. Car nous vivons tous sur la même Planète.

Que ce soit dans le Sud ou dans le monde industrialisé, la sortie de crise passe par une relocalisation solidaire ; le développement de compétences, de produits et de marchés locaux ; la fin de la croyance que l’expansion continue du commerce mondial est la solution; l’autonomie alimentaire et énergétique fondée sur l’agro-écologie et les énergies renouvelables ; une gestion équitable et pérenne des fonctionnalités de la nature; la promotion de l’égalité de droits entre hommes et femmes et la pleine participation de celles-ci à l’effort de développement ; la généralisation du commerce équitable, modèle qui a largement fait ses preuves. Toutes choses inscrites dans l’ADN de la coopération et traduites au quotidien en actes concrets pour - et avec - ses bénéficiaires sur le terrain.

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René Longet

Expert en développement durable