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Coder sans coder avec Power Apps

Par Xavier Comtesse et Giorgio Pauletto

L’intelligence artificielle (IA) nous réserve toujours beaucoup de surprises. La dernière en date vient de Microsoft avec son application Power Apps qui, en gros, permet de coder sans coder. Pour cela, elle a utilisé GPT3, une immense «machine à apprendre» basée sur l’IA, qui crée toute seule du software à partir du langage humain. En bref, programmer sans programmeur.

On dicte ses intentions à la machine en langage naturel, et hop, celle-ci programme toute seule l’application informatique désirée. Le rêve de tous, en somme. Plus besoin de ces «bidouilleurs» de code. Juste savoir ce que l’on veut, et voilà, on a un site web fonctionnel, par exemple.

Power Apps,, pose évidemment toutes sortes de questions: est-ce que le code ainsi produit sera suffisamment sophistiqué et compréhensible, stable et maintenable, consistant et clair? Est-ce que tout le monde va, à l’avenir, programmer? Est-ce la fin des programmeurs?

Quel avenir pour les informaticiens?

Bref, un vent de panique a gagné la profession d’informaticien. Pour la première fois de leur courte histoire, leur avenir est incertain. Longtemps considérés comme une denrée rare, voilà qu’ils sont en passe de devenir inutiles. Certes, cela ne va pas se passer dans l’immédiat, mais à plus ou moins long terme, c’en est fini de leur métier. Comme il y a 50 ans, les télégraphistes, les dactylos, les standardistes téléphoniques ou les navigateurs aériens ont disparu.

Un aspect non négligeable de cette prouesse de l’IA est l’avenir de l’enseignement! En effet, dans le cas précis de l’informatique, on voit bien que les filières de formation vont devoir revoir au minimum leur plan d’étude et se poser la question vitale: que reste-t-il vraiment à apprendre?

Cette réflexion peut être conduite dans d’autres branches d’enseignement, tant l’élan technologique repousse les limites du savoir. C’est ainsi aussi vrai pour les langues, lorsque l’on voit les capacités de traduction en temps réel de Google Translate sur nos téléphones. La machine parle à votre place dans plus de 109 langues étrangères. Plus besoin de savoir les langues. Vous parlez, elle traduit!

La technologie nous oblige à penser à l’essentiel: que faisons-nous, que voulons-nous faire?

La révolution de l’IA, il faut le rappeler, n’en est qu’à ses débuts. C’est une technologie qui n’a connu que très récemment des percées notables en reconnaissance visuelle (voiture autonome, reconnaissance faciale, etc.), en prédictive (médecine, maintenance...), en génération de textes ou d’images (GPT3 and Co), notamment. Son évolution va, par exemple, encore bouleverser de fond en comble les notions mêmes du savoir, de l’apprentissage et donc du système d’enseignement.

La technologie est au cœur de cette transformation. En se substituant au savoir lui-même, en le matérialisant, la technologie nous oblige à penser à l’essentiel: que faisons-nous, que voulons-nous faire? Pour le système éducatif, dans son ensemble, c’est un immense chantier qui s’ouvre.

Commentaires

Xavier Comtesse

Mathématicien et membre du Think Tank CODE_IA

Giorgio Pauletto

SIG Directeur stratégie et innovation

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