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Chapitre un: Une noble cause

La banque d’affaires n’est plus ce qu’elle était. Une série spéciale rédigée par Eric Maire sur la base de son expérience d'entrepreneur.

Pécub

Le monde bancaire est en constante mutation depuis la crise des subprimes en 2008. Les États ont besoin de plus de liquidité pour juguler les crises et éponger leurs endettements abyssaux en chassant les fraudeurs et les criminels financiers.

La crise récente de le Covid-19 n’a certainement pas arrangé les finances desdits États. Les règles imposées par les régulateurs étatiques financiers, eux-mêmes sommés par le grand chef d’orchestre, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ne cessent d’augmenter à un rythme accéléré, occasionnant le chaos dans le monde bancaire d’affaires, avec en ligne de mire les sociétés dites de «domicile». Les entreprises que nous nommerons «petites entreprises» sont affectées par cette situation qui augmente encore les complications et risques d’affaires, en Suisse et dans le monde.

C’est en effet une noble cause que celle de prélever l’impôt juste et d’intercepter les fraudeurs qui blanchissent leurs méfaits criminels. La criminalité financière mondiale en matière de blanchiment d’argent est estimée entre 800 milliards et 2 trilliards de dollars (selon l’ONU). Quant à la fraude ou l’évasion fiscale, elles sont estimées à 500 trilliards de dollars annuellement, d’après le Fonds monétaire international.

Au regard du volume de transaction mondiale qui est supérieur à 21.000 trilliards de dollars, la perte fiscale des Etats correspond donc à moins de 3% du volume des transactions dans le monde. L’OCDE, qui compte 38 États en 2021 (le dernier arrivé étant le Costa Rica en mai 2021) et de nombreux experts internationaux, sous la pression des gouvernements, avec en premier les Etats-Unis, ont donc imposé aux régulateurs de ces mêmes gouvernements des procédures de plus en plus imposantes pour identifier l’origine des fonds alourdissant ainsi les procédures anti-blanchiment (Money Laundering Act) et KYC (Know Your Customer). Ainsi les banques appliquent avec grande diligence ces règles tellement les sanctions, à la fois sur la banque, mais aussi sur les collaborateurs de ces institutions, sont importantes.

Les nouvelles règles en vigueur ont fortement impacté les pays qui avaient un modèle d’affaires dit de « paradis fiscal » estimé à 90 zones dans le monde. Ces nouvelles règles ont déjà permis aux États de récupérer plus de 100 milliards de revenus fiscaux, auxquels il faut ajouter une multitude d’autres dispositions mises en œuvre, notamment l’échange automatique d’information financière entre les banques et les administrations fiscales des États.

C’est ainsi que les banques doivent pouvoir identifier non seulement les actionnaires, mais encore les ayants droit économiques finaux, et même si ces exigences réglementaires, comme en Suisse, imposent ces règles que pour ceux qui détiennent plus de 25% des participations dans une entreprise, les banques imposent en général de connaître la totalité des actionnaires, même minoritaires. Nos banques suisses appliquant la réglementation avec une rigueur maladive.

L’impunité des administratrices et administrateurs de sociétés est révolue. Si l’affaire Swissair apparaissait aujourd’hui, la majeure partie des administrateurs et dirigeants seraient en prison
Eric Maire

La récurrence des scandales, comme «Offshore leaks» 2013, «Lux leaks» 2014, «Panama papers» 2016, les «Paradise papers» 2017, ont augmenté la pression sur les politiques pour que ces pratiques cessent. Mais elle a aussi apporté une prise de conscience certaine et a éduqué la population plutôt néophyte, la rendant plus sensible à ces situations scandaleuses, accélérant ainsi la vitesse de mise en œuvre de normes et d’outils pour lutter contre des pratiques non éthiques, qui ont largement entaché la Suisse et la plupart des capitales financières du monde. Les dispositions prises par les banques sont donc la conséquence directe des contraintes imposées par les régulateurs.

Pour les banques tenues en mains privées, il est légitime de faire des bénéfices. Normalement, le jeu de la concurrence qui prévaut dans le monde occidental dans la majeure partie des industries permet de réguler les prix, et la qualité des services et des produits. Ceci n’est malheureusement plus le cas pour l’industrie bancaire, préoccupé par les régulations croissantes. C’est toute l’industrie mondiale qui dépend des banques qui se trouve aujourd’hui en péril malgré l’émergence des néobanques, dont la digitalisation permet une plus grande souplesse à des coûts moindres.

Nos entrepreneurs sont de plus en plus sous pression, et souvent désarmés devant toutes ces nouvelles réglementations et lois qui les rendent de plus en plus exposés légalement et qui freinent le développement des affaires. L’impunité des administratrices et administrateurs de sociétés est révolue, car les actionnaires, l’état, les créanciers sont de plus en plus enclins à faire valoir leur droit et la loi donne plus de force aux actions pénales (loi et jurisprudence). Il est donc essentiel d’étoffer son conseil d’administration avec des ressources adéquates et vitales. L’entrepreneur « one man show » ne survivra pas.

Une série spéciale en huit chapitres

Eric Maire n’est pas banquier, mais il en côtoie dans sa vie professionnelle depuis plus de 25 ans. Administrateur d’une vingtaine de sociétés, il a été amené à contacter la majeure partie des banques en Suisse romande au cours de l’année 2021. Il tentait d’ouvrir des relations bancaires pour des sociétés établies en Suisse, soit déjà existantes, soit en création par des actionnaires étrangers. Eric Maire a aussi interrogé d’autres entrepreneurs, anciens banquiers et experts dans ce milieu. Il tire de cette expérience un grand texte d’analyse sur ce marché toujours plus régulé, vu par un entrepreneur. «L’Agefi» le publie cet été en huit chapitres.

Prochain chapitre: En Suisse, pour les Suisses et seulement les Suisses

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Eric Maire

Swissawa Founder & CEO

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