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Actionnariat actif, épisode 1/3: par qui et comment?

S’engager et voter, deux pratiques de plus en plus populaires chez les investisseurs souhaitant faire évoluer les pratiques ESG des entreprises. Le décryptage d'E4S. Par Florence Hugard et Jean-Pierre Danthine

Keystone
«L’actionnaire souhaitant faire valoir son opinion davantage qu’avec son droit de vote entamera un dialogue direct avec l’entreprise.»

La première analyse de la série E4S (Enterprise for Society) sur l’actionnariat actif décrypte cette pratique à la popularité croissance chez les actionnaires. Mais qu’en est-il de l’impact de l’actionnariat actif? En décembre 2021, E4S avait étudié l’impact du désinvestissement en tant que stratégie responsable.

La seconde analyse de la série E4S sur l’actionnariat actif (pour quel impact?), applique la même approche, étudiant les bénéfices et coûts pour l’investisseur qui s’engage et les réactions et changements de comportement de l’entreprise ciblée. Pour être fructueux dans leurs engagements, les investisseurs devront toutefois prendre en compte différents facteurs. Actionnariat actif: les clés du succès développe comment le profil de l’entreprise ciblée et de l’investisseur ainsi que les caractéristiques de l’engagement peuvent influencer l’issue d’une initiative actionnariale.

«Exit vs. Voice», ou défection vs. prise de parole en français, tel est généralement le choix d’actionnaires responsables face à une entreprise dans laquelle ils ont investi mais qui fait preuve d’un comportement non conforme à leurs valeurs. Dans le premier cas, ils décideront de se dissocier et de désinvestir, dans le second, d’engager le dialogue pour initier un changement. Cette dernière stratégie fait référence à l’actionnariat actif et constitue le sujet d’une série d’études publiée par Enterprise for Society (E4S) Center. Mais qu’est-ce que l’actionnariat actif et comment est-il appliqué en pratique?

Voter et s’engager 
en tant qu’actionnaire

L’actionnariat actif s’applique généralement aux actions cotées en Bourse et se base sur deux composantes principales: le vote et l’engagement. Tous deux sont extrêmement liés, se complètent et peuvent s’enclencher l’un l’autre.

L’actionnaire souhaitant faire valoir son opinion davantage qu’avec son droit de vote entamera un dialogue direct avec l’entreprise et pourra choisir parmi une variété d’outils pour développer sa stratégie. L’engagement peut être privé ou public, individuel ou collaboratif, ou un mixte dépendamment de la réceptivité de l’entreprise ciblée (lire le graphique ci-dessous).

Si le dialogue avec l’entreprise ne porte pas ses fruits après un certain temps, l’investisseur rendra son engagement de plus en plus public et, si ce n’est pas déjà le cas, tentera de convaincre d’autres actionnaires à rejoindre sa cause afin d’augmenter la pression exercée.

10.504 milliards de dollars d’actifs sous gestion

L’importance de l’actionnariat actif sur les thématiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) est grandissante. En 2020, l’actionnariat actif représentait 10.504 milliards de dollars d’actifs sous gestion, soit 35,9% du total d’actifs à l’échelle mondiale, et constituait la deuxième stratégie d’investissement la plus utilisée au Japon, en Europe et au Canada derrière l’intégration ESG ou l’exclusion. Les thèmes et les acteurs sont divers et les réglementations et la culture autour de l’actionnariat actif varient selon les régions.

Les actionnaires s’engagent sur quatre thèmes principaux: les questions environnementales et sociales, la gestion du conseil d’administration, les droits de l’actionnaire et la structure de compensation. L’écosystème de l’actionnariat actif se compose de nombreux acteurs incluant les investisseurs institutionnels et particuliers, les lanceurs d’alerte tels que les Organisations non gouvernementales, les employés, ou la société civile, les fournisseurs de données tels que les agences de notation et de conseil en vote, ainsi que les gouvernements et régulateurs.

En Europe comme en Suisse, la culture du consensus et les réglementations plus strictes favorisent les approches collectives et coopératives, contrastant avec le modus operandi américain.

S’engager dans d’autres classes d’actifs

L’engagement s’étend de plus en plus à d’autres classes d’actifs telles que les obligations d’entreprises et souveraines, ainsi que le private equity. Les créanciers peuvent s’engager aussi bien avant qu’après émission des titres mais peuvent dans leurs initiatives faire face à des limites, telles que la présence de préférences diversifiées au sein du groupe de créanciers et une perception d’interférence avec la politique publique d’un gouvernement émetteur. Sur les marchés privés, les general partners, poussés par la demande, s’engagent de plus en plus sur les thématiques ESG et peuvent exploiter le modèle de private equity, particulièrement favorable à l’engagement, pour arriver à leurs fins.


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Prochain épisode mercredi 20 avril 2022. Actionnariat actif: pour quel impact?

Commentaires

Jean-Pierre Danthine

E4S Directeur exécutif

Florence Hugard

E4S Collaboratrice scientifique