vendredi 19 septembre 2014 // 11:46

Quand la Suisse fixe les standards

mardi, 05.03.2013

François Schaller

Il était prévisible que l’acceptation de l’initiative Minder soit commentée à l’étranger, mais l’ampleur et la nature du phénomène représentent une vraie surprise: articles de une du Wall Street et du Financial Times d’hier, news et commentaires sur des centaines de médias et sites web dans le monde. Avec approbation de milliers d’internautes. Réactions du côté de la Commission européenne, des gouvernements allemands et français… Le tout en positif à très positif, voire enthousiaste. Ce n’est pas la première fois ces dernières années qu’une initiative populaire suscite ce genre de vague, mais celle-ci a quelque chose d’assez particulier: elle ne fait pas passer la Suisse pour un pays conservateur et crispant selon les critères les plus répandus actuellement dans le débat politique, mais au contraire pour un pays innovant et progressiste. Le fait que le texte constitutionnel plébiscité vienne d’un libéral-national proche du Parti populaire SVP/UDC, qui a rallié à peu près toute la gauche, n’a pas l’air de troubler les commentateurs. On ne peut pas demander au monde de saisir toute la subtilité de l’éventail politique local. Quant aux différents éléments de l’initiative, on ne peut pas dire qu’ils aient été mieux compris à l’extérieur qu’en Suisse même. Ce que les gens veulent entendre, c’est que le niveau et les formes de rémunération doivent changer dans les multinationales.

Ce feed back favorable sera peut-être ressenti comme une sorte de consolation pour celles et ceux qui se sont engagés contre l’initiative. Il déstabilise aussi un consensus qui s’était formé ces derniers mois en matière de fiscalité sur la nécessité de se contenter des standards internationaux, plutôt que de vouloir les précéder. Ou espérer les influencer. L’effet Minder peut tout d’un coup donner l’impression que la Suisse est capable de fixer des règles dans le monde. C’est évidemment très illusoire. La Suisse fonctionne depuis longtemps comme un modèle sur pas mal de thèmes – démocratie directe et fédéralisme en particulier – mais c’est dans l’application plus ou moins rigide ou pragmatique des principes que tout se joue. Ce n’est jamais facile d’être précurseur. Il y a le risque d’avoir raison trop tôt. Il serait dommage que l’application de l’esprit Minder (devenu universel) se transforme en un numéro de Swiss finish à faire rire les places industrielles concurrentes.

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