lundi 22 septembre 2014 // 04:10

Position dominante dans le crédit

mercredi, 03.04.2013

Philippe rey

La liberté, c’est paraît-il la faculté de choisir ses contraintes. Le moins que l’on puisse dire à propos des assureurs européens, c’est que leur liberté a été sévèrement réduite. En raison des conditions-cadres, dont Solvabilité II ou le Test suisse de solvabilité (SST). Nouvelle illustration avec l’investissement dans le crédit, c’est-à-dire les obligations d’entreprises. Ce segment de la famille des titres à revenu fixe bénéficie paradoxalement du fait que Solvabilité II n’est pas encore entré en vigueur (la date exacte n’est pas encore fixée), et que le régime n’est ainsi pas encore appliqué entièrement. Avec 1580 milliards d’euros placés dans les obligations d’entreprise, les assureurs européens représentent le plus grand groupe d’investisseurs sur le marché européen du crédit (selon la recherche de Morgan Stanley). 28% des actifs des sociétés européennes d’assurance sont alloués au crédit. Ce qui correspond à 38% du marché du crédit en Europe.

Les incitations pour les assureurs à conserver, voire augmenter les capitaux attribués au crédit restent grandes. Du fait des exigences de capital propre trop élevées pour des classes d’actifs tels que les actions ou le private equity. L’un des changements majeurs de Solvabilité II est le traitement des risques de marché.

Ils représentent un coût de capital additionnel qui doit être intégré aujourd’hui dans l’analyse des choix d’investissement des assureurs. Environ deux tiers des bénéfices des assureurs européens proviennent des rendements des placements de capitaux. Ces rendements sont sous pression en raison des taux d’intérêt. La persistance de cette situation et les problèmes qu’elle pose, en termes de duration en particulier, oblige les assureurs à prendre plus de risque. En échange d’un rendement attendu supérieur et en fonction de la volatilité. Les assureurs sont ainsi empêchés d’avoir une part élevée en actions (4% à l’heure actuelle), même si ces dernières se montrent plus performantes sur le long terme que les obligations. La part consacrée au crédit peut être plus élevée que celle dévolue aux actions, à cause d’une volatilité plus faible. Bien qu’elle soit aussi limitée par une application stricte des normes. Solvabilité II a du sens au plan économique. Sauf en matière de placements de capitaux.

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