samedi 02 août 2014 // 04:25

Mathieu Jaton n’est pas le bon choix

mercredi, 16.01.2013

François schaller

Il y a une dizaine d’années, répondant à des questions sur la succession de Claude Nobs, le président de la Fondation du Montreux Jazz Festival François Carrard répondait qu’il allait probablement rechercher un programmateur chevronné du côté des Etats-Unis. Personne n’avait trouvé cela incongru. Entre-temps, Mathieu Jaton a fait ses preuves comme secrétaire général. L’entreprise et la marque n’ont cessé de se développer, sur place et à l’international. Mathieu Jaton y est certainement pour beaucoup. L’adjoint et futur successeur protégé de Claude Nobs, présenté ainsi ces derniers jours et confirmé hier, est un ancien de l’Ecole hôtelière de Lausanne. Une école de management dont 80% des diplômés ne font pas carrière dans l’hôtellerie. Mathieu Jaton est certainement un bon manager, orienté marketing. Sera-t-il un programmateur à la hauteur? On peut en douter, mais un bon manager sait en principe s’entourer des bonnes personnes.

En attendant que Mathieu Jaton fasse ses preuves, ce que nous lui souhaitons vivement (ne serait-ce que pour nous donner tort), on ne nous en voudra pas d’être sceptique sur cette nomination. Elle vient peu de temps après celle de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne en 2011 (ECAL), au large rayonnement, lorsque le remuant et entreprenant Pierre Keller était remplacé par son jeune et discret élève Alexis Georgacopoulos. Pourquoi pas une pointure venue de l’étranger, de manière à maintenir au moins le niveau de notoriété (et l’adhésion en Suisse romande)? La nomination vient aussi quelques semaines après le transfert de Vincent Baudriller de la direction du Festival d’Avignon à la tête du Théâtre de Vidy à Lausanne. On dira peut-être qu’il n’a plus rien à prouver.

Les deux politiques peuvent évidemment décevoir à l’usage, ou donner les résultats escomptés. L’option pointure est cependant la moins risquée. Les erreurs de personne peuvent être plus facilement corrigées (il est bien plus aisé et rapide pour une fondation ou une collectivité publique de licencier une star qu’un talent du terroir auquel l’on doit faire confiance dans la durée). Surtout, les candidats locaux auraient bien tort de se plaindre de discrimination. Les grandes institutions à forte notoriété acquise par une personnalité exceptionnelle ne sont pas faites pour que les suivants y fassent leurs preuves. Chacun peut librement postuler à la tête d’entités plus modestes, pour en faire ce que Nobs et Keller ont fait de Montreux Jazz et de l’ECAL.

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