lundi 01 septembre 2014 // 15:37

L’île de tous les malentendus

vendredi, 22.03.2013

Nicolette de joncaire

En contrepartie d’une aide de 10 milliards d’euros – et après l’échec du vote au Parlement chypriote mardi sur la ponction immédiate des comptes –, l’Union européenne cherche maintenant à convaincre les dirigeants chypriotes d’instaurer un blocage des capitaux placés dans l’île.

Paradis fiscal, argent sale, fraude, nettoyage des activités de blanchiment. On retrouve une fois encore la panoplie complète de l’argumentation moralisante dont l’UE est coutumière pour justifier ses exigences, en l’occurrence la séquestration pure et simple d’avoirs en dépôt dans les banques chypriotes.  L’origine prétendument douteuse des avoirs détenus par les non-résidents – surtout russes – sert d’alibi pour justifier aux yeux du public les exigences de ponction de l’UE. A se demander pourquoi le gouvernement russe s’est insurgé. Car si le plan européen s’attaquait à des fraudeurs, il aurait dû s’en féliciter.

Personne ne paraît se souvenir que ces comptes sont largement ceux des sociétés publiques russes, ukrainiennes ou kazakhs. Et personne n’évoque non plus que si les Russes aiment tant Chypre et ses banques, c’est parce qu’ils y trouvent des interlocuteurs qui les connaissent et les comprennent. On a oublié aujourd’hui que l’ex-URSS finançait volontiers les études des jeunes chypriotes misérables dont l’Europe ne se préoccupait guère avant l’adhésion de l’île en 2004.

C’est donc effectivement sur les comptes non-résidents que l’essentiel de la ponction aurait pesé puisqu’ils représentent environ 40% des actifs – montant estimé à 68,4 milliards d’euros dont 27 milliards d’origine russe. Le prélèvement de l’UE se serait monté à 6 milliards de dollars: une manière élégante de faire payer par d’autres les erreurs de gestion de l’île sans trop peser sur les comptes de la communauté.

Que le plan européen soit dangereux comme l’a déclaré Vladimir Poutine, il n’y a aucun doute. D’un seul coup, l’Union Européenne a décrédibilisé non seulement le système bancaire chypriote – dont les capitaux attendent la réouverture pour s’envoler – mais aussi celui de toute l’Union. L’agence de notation Fitch Ratings ne s’y est pas trompée qui  conclut que la taxe sur les dépôts bancaires chypriotes crée un précédent dangereux pour les autres pays de la zone euro. En particulier ceux dont le secteur bancaire est fragile.

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