samedi 25 octobre 2014 // 01:06

L’ère Minder ne fait que commencer

lundi, 04.03.2013

François Schaller

Il faut d’abord voir le bon côté des choses: le succès spectaculaire de Thomas Minder avec son initiative populaire en fait une sorte de nouveau Franz Weber. A la différence qu’il est parlementaire, en début de carrière. Minder devrait devenir un personnage de référence de la politique suisse. S’il continue d’en parler comme il l’a fait jusqu’ici, son rigorisme moral et de gestion pourrait trancher avec les combats de la gauche, et avoir des effets inespérés sur quelques inerties et blocages en politique fédérale. On verrait bien Minder prendre de l’ascendant sur des dossiers comme l’assurance maladie, l’énergie ou la défense nationale...

S’agissant de l’application de l’article constitutionnel plébiscité hier, on voit mal le Parlement s’en tenir à un service minimal après qu’il a travaillé pendant des années sur une réforme du droit des sociétés - le contre-projet - qu’il suffit aujourd’hui de rendre mindéro-compatible. Ce sera le résultat de la formidable erreur d’appréciation du Parlement sur les chances d’obtenir que Thomas Minder retire son initiative face à un contre-projet allant plus loin sur plusieurs éléments importants: les Suisses auront finalement l’initiative et le contre-projet.

Indépendamment des questions de fond, sur lesquelles le corps électoral a voté (par définition) de sang froid et en connaissance de cause, l’ampleur du succès s’explique en bonne partie par le fait que l’initiative venait de la droite libérale-nationale, que toute la gauche se devait de soutenir parce qu’elle restreignait de manière autoritaire les libertés de gouvernance et de management des multinationales. Ce ne sera probablement pas le cas des initiatives socialistes beaucoup plus rituelles qui s’annoncent (limitation étroite des hauts salaires et salaire minimal à 4000 francs). Elles devraient en principe braquer d’emblée tout ce qui n’est pas de gauche dans le pays.

S’agissant de l’organisation faîtière economiesuisse, la bonne nouvelle est que les moyens considérables qu’elle a engagés contre Minder n’auront pas eu l’effet redouté par les défenseurs de l’initiative. Si cet échec retentissant pouvait reléguer au second plan la fausse question du financement des campagnes politiques en Suisse, c’est-à-dire la possibilité d’inventer quelques nouvelles interdictions douteuses, il n’aura pas été complètement inutile. Cela dit, ce revers d’economiesuisse est bien plus accentué que celui - très célèbre - d’il y a vingt ans (vote sur l’EEE). A l’époque, l’organisation s’était ensuite assez vite remise en cause. Elle le fera sans doute également à cette occasion.

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