jeudi 24 juillet 2014 // 18:34

L’effet Minder est déjà pervers

vendredi, 03.05.2013

Philippe Rey

L’année en cours sera non seulement marquée par l’initiative Minder contre les rémunérations abusives des dirigeants d’entreprise, mais aussi par un plus grand activisme des investisseurs institutionnels et conseillers en matière de corporate governance. Avec des résultats déjà bien tangibles à travers plusieurs votes consultatifs. Le rapport de rémunération a été refusé par une majorité d’actionnaires représentés à l’assemblée générale de Julius Baer ou celle d’Actelion. Le vote a été serré s’agissant de Geberit. Sans compter les polémiques suscitées dans le public hors de toute assemblée générale, par exemple au sujet de la rémunération du président et CEO de Lindt & Sprüngli. En revanche, là où des changements ont été mis en œuvre ou apparaissent perceptibles, le vote consultatif a largement entériné le rapport de rémunération. Roche, Credit Suisse, Swiss Re, Novartis ou UBS hier (lire page 4) en sont des exemples probants.

A l’évidence, les avis critiques des institutionnels vont s’accentuer si les systèmes de rémunération ne s’améliorent pas à leurs yeux. Corollaire de l’initiative Minder, la représentation des droits de vote et d’actions en dépôt deviendra interdite, tandis que les caisses de retraite seront obligées de voter dans l’intérêt, effectif ou supposé, de leurs assurés. Tout cela est louable pour autant que l’on ne se trompe pas de cible. Or c’est ce qui se produit déjà. Il suffit de brandir un montant de plusieurs millions de francs hors de son contexte pour que plusieurs s’en offusquent, dont des prétendus spécialistes de la question. C’est un terrain fertile au populisme et aux effets de mode. C’est pourquoi il convient de séparer le bon de ce qui l’est moins. En toute autonomie.

Un domaine où l’indépendance d’esprit est nécessaire est celui de l’investissement, avec la faculté de juger de la stratégie et de la politique d’une entreprise, de mesurer la création de valeur à long terme et la pertinence du système de rémunération à la lumière de ces facteurs. Or des coups de semonce issus du vote consultatif ont jusqu’ici spécialement résonné dans des entreprises qui créent de la valeur à long terme. En particulier Geberit, où le moins que l’on puisse dire est que les rémunérations sont plus que raisonnables.

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