mercredi 30 juillet 2014 // 04:56

Le bel avenir du secret bancaire

lundi, 08.04.2013

François Schaller

Rien n’indique pour l’instant que l’effet Offshore Leaks retombera aussi vite que celui de WikiLeaks il y a deux ans. L’enjeu est très différent. Il s’agit aujourd’hui d’identifier celles et ceux qui passent de plus en plus pour les premiers responsables de la faillite de plusieurs Etats. A commencer par les Etats-Unis, même si leurs 15.000 milliards de dollars d’endettement public rendent dérisoires les quelque 1000 ou 1500 milliards de dollars estimés de fonds non déclarés dans le monde (qui ne sont de loin pas tous américains). L’importance de la bonne cause justifie certains moyens inconcevables jusqu’ici, comme le piratage de données financières.

Les débats de plus en plus intenses dans le monde développé sur la légitimité des grandes fortunes et hauts revenus laissent d’ailleurs penser qu’il y aura probablement d’autres étapes par la suite. Dépassant la fiscalité ordinaire. Si les fonds ainsi récupérés ne suffisent pas, ce sont les classes les plus aisées qui devront faire la différence d’une manière ou d’une autre. La gravité de la situation pourrait assez vite relativiser la propriété elle-même au sens traditionnel (elle commence déjà de l’être bien au-delà des cercles habitués à la contester). Il est très facile intellectuellement de considérer l’argent en général comme un bien public. Sa possession et sa transmission, à partir d’un certain niveau, comme une sorte de captation de biens sociaux, trop longtemps autorisée ou tolérée.

La tendance déjà ancienne à encourager la transparence monétaire des personnes physiques va dans ce sens. N’est-il pas dans l’intérêt général que chacun sache précisément ce que les autres possèdent, pour pouvoir se faire une idée des stratégies à développer s’agissant de «reprendre» l’argent là où il se trouve?

La vulnérabilité encore inquiétante des technologies numériques dans le domaine bancaire favorise clairement cette dérive. Les banques en général, suisses en particulier, oeuvrent depuis longtemps pour la protection de la sphère privée financière. Cette mission n’a jamais eu autant d’importance. Il ne faudrait pas que la traque des fraudeurs fiscaux donne l’impression qu’il n’y aura plus jamais de privacy possible. Et qu’il n’y a donc plus aucun sens à la défendre.n

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