lundi 20 octobre 2014 // 19:55

La Suisse plus vulnérable après Chypre

mardi, 26.03.2013

François schaller

La crise chypriote semble avoir été réglée, sauf grave rebondissement toujours possible du côté de l’opinion et du Parlement. De nombreux commentaires ont circulé ces derniers jours, hier en particulier (lire ou relire l’analyse de Bruno Bertez dans notre édition d’hier), sur le renversement que représente, en situation de crise systémique, la responsabilité de certains déposants venant tout d’un coup avant celle des actionnaires et/ou détenteurs de dette bancaire.

Cette problématique touche la Suisse de deux manières. A première vue, on pourrait se dire que l’insécurité des dépôts générée dans l’Union européenne à cette occasion sera indirectement bénéfique au secteur bancaire et financier. La Suisse n’est-elle pas hors Union, et au-dessus des lourds problèmes d’endettement privé et public qui ont conduit à cette malheureuse situation? La fonction refuge n’est-elle pas encore renforcée par la politique dite «d’argent blanc»? Des banques suisses ont déjà précisé qu’elles seraient très sélectives s’agissant de fonds en provenance de Chypre.

En réalité, il n’est pas complètement délirant à ce stade d’imaginer, au regard de ce qui s’est passé récemment (secret bancaire), que le précédent chypriote donne progressivement des idées à de grands Etats dont l’endettement public n’offre plus aucune perspective d’amortissement. Plutôt que de se résoudre à des défauts humiliants et pénalisants au détriment de créanciers eux-mêmes systémiques, pourquoi ne s’en prendraient-ils pas aux «mauvais» citoyens ayant d’importants dépôts à l’étranger? En Suisse par exemple? En leur imposant une participation hors fiscalité par confiscation d’avoirs? Une manière, comme l’on dit, de (re)prendre tout simplement l’argent là où il est. Un peu comme à l’époque de Robin des Bois, personnage éminemment moral et sympathique.

Par rapport à l’incroyable régression que représente la réhabilitation quasi-totale des rapports de force dans les relations internationales depuis la fin de la Guerre froide, en Europe en particulier (où il semble de moins en moins exagéré de parler de néo-impérialisme franco-allemand élargi), la viabilité d’une Suisse relativement indépendante au milieu du continent se pose sous un jour de plus en plus nouveau. La Suisse a été menacée récemment de figurer sur des listes noires. Pourquoi ne ferait-elle pas plus tard l’objet de menaces de boycott général en bonne et due forme si elle ne s’exécutait pas? Il paraîtrait raisonnable que ce genre de scénario figure dès aujourd’hui dans la politique générale de sécurité.n

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