dimanche 26 octobre 2014 // 08:38

Instrumentalisation des commodities

jeudi, 11.04.2013

François Schaller

Le Sommet mondial des matières premières qui aura lieu la semaine prochaine à Lausanne donne une bonne occasion de relancer un débat déjà ancien, et de première importance. Dernier épisode en Suisse, la réponse de la Déclaration de Berne (DB) au récent Rapport de base du Conseil fédéral sur les matières premières. Il est regrettable que la DB ne trouve rien de positif dans ce rapport, ce qui ne crédibilise guère sa position. Les opposants aux entreprises et aux lobbies des commodities dans le monde ne parviennent malheureusement pas à se hisser au-dessus des argumentaires très orientés de leurs adversaires économiques (dont on attend assez naturellement qu’ils défendent également leurs intérêts). Le citoyen ne peut compter pour l’instant que sur lui-même pour se faire une idée dépassant les connotations hyperpopulistes séculaires et régressives qualifiant la spéculation de «répugnante» (stop-spéculation.ch), ou les opérateurs d’ «affameurs» ou de «pilleurs».

Sur le fond, les revendications de la DB reflètent assez bien ce qui se joue actuellement autour du scandale de la faim et des Droits de l’Homme. Devant l’impuissance décourageante des Etats développés face aux régimes autoritaires, instables, corrompus, les ONG se sont mises à compter sur les multinationales pour améliorer une situation d’ordre fondamentalement politique. A leurs yeux, il revient aux entreprises actives dans le monde en développement, parce qu’elles en ont les moyens financiers, de faire respecter les Droits de l’Homme et de réaliser le droit universel à l’alimentation. Si elles ne veulent pas, il semble plus facile de les contraindre à partir de leur pays d’origine que d’agir efficacement dans les Etats à problèmes par des voies politiques et militaires ordinaires. La coalition d’ONG «Droit sans frontières» est très claire à ce sujet: il s’agit de promouvoir l’extraterritorialité d’un certain droit (comme dans le cas du crime de génocide), et de s’appuyer sur les multinationales plutôt que sur les Etats pour l’appliquer. Cette évolution ne manque pas de cohérence, mais elle requiert de la transparence dans les fondements et les stratégies. Elle pose d’innombrables problèmes d’ordre politique et juridique qui ne peuvent être traités  rapidement au cas pas cas sans être thématisés, discutés et validés en tant que tels.

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