vendredi 24 octobre 2014 // 12:15

De l’utilité des vendeurs à découvert

vendredi, 10.05.2013

LéVI-SERGIO MUTEMBA

C’est au moment où le marché a peut-être le plus besoin des activités de prêts-emprunts de titres (securities lending) que l’intensité risque de diminuer de façon significative. Du moins en Europe. Le  directeur des investissements de Fidelity UK, Dominic Rossi, a récemment déclaré à un comité de régulation britannique qu’il ne voyait aucun sens à prêter des titres, auxquels il croyait à des opérateurs qui les empruntaient pour les vendre à découvert (parce qu’ils n’y croient pas). Après quoi, les rumeurs sur la mort imminente de l’industrie du securities lending en Europe sont allées bon train. Etroitement associées aux ventes à découvert, le securities lending fait l’objet d’une pression croissante de la part du régulateur. Qui, on s’en souvient, avait mis en place des régimes exceptionnels d’interdiction de ventes à découvert durant les phases de panique financière. Mesures qui ont fini par freiner la disposition des prêteurs potentiels à prêter les titres. Selon des témoignages recueillis par les différentes autorités nationales de marché, certains grands institutionnels, prêteurs potentiels, ont décidé de ne plus agir pour les raisons invoquées par Fidelity. Seulement voilà...

Ce que le régulateur voulait empêcher pendant les crises est peut-être ce dont le marché a le plus besoin dans les phases d’euphorie (du genre de celles que les marchés actions connaissent aujourd’hui). Les prêts et emprunts de titres associés aux ventes à découvert peuvent avoir pourtant une certaine et évidente utilité. Dans la mesure où ils tendent à freiner la formation de bulles d’actifs par exemple. A fortiori lorsque la bulle se développe essentiellement du fait de politiques monétaires ultra accommodantes. Ce n’est d’ailleurs pas tout. Avec la crise chypriote, la conviction assez étrange s’est développée que le cash sous forme de simple dépôt bancaire pouvait potentiellement faire l’objet d’une saisie. Ce qui ne serait pas le cas des actions, à peu près aussi liquides mais appartenant juridiquement au client (et non à la banque dans laquelle elles sont déposées). Or, de plus en plus de directeurs financiers d’entreprises non financières ajustent actuellement la gestion de leur trésorerie pour y augmenter la part d’actions au détriment des billets de banques. Enfin, avec la baisse d’activité des prêts de titres, c’est aussi une baisse des revenus des grandes institutions financières qui est en jeu. Le securities lending sert en particulier à optimiser la fiscalité de détenteurs de titres. Ce que l’on appelle le dividend trading, ou prêts de titre pendant la phase de paiement des dividendes.

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