vendredi 31 octobre 2014 // 06:27


Simon Collins de Trafigura sur le cours des métaux

5 avril 2013: interview de Simon Collins, Trafigura, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Logique du cours des métaux

8.4.2013

Trafigura. Le prix des métaux baisse et les stocks croissent. Une tendance de nature cyclique.

Un certain nombre d'analyses macroéconomiques concluent, qu'à moyen et long terme, le prix des matières premières sera conduit à remonter, sous la pression de la demande et de la hausse des coûts de production marginaux. Une logique qui s’applique tout particulièrement au cuivre. Pourtant, alors que la production mondiale de cuivre est théoriquement inférieure à la demande, les stocks de cuivre du London Metal Exchange (LME) sont au plus haut historique. Nous avons interrogé Simon Collins, directeur du négoce des métaux non ferreux et du vrac chez Trafigura, sur la dynamique actuelle de l’offre et de la demande et sur son impact sur le cours des principaux métaux.

Le prix des métaux est en baisse et les stocks en hausse. S'agit-il d'une tendance structurelle ou cyclique?

Cela dépend du métal. Ils n'obéissent pas tous aux mêmes règles. La demande continue d'augmenter même si nous sommes sortis de la phase de croissance à deux chiffres. C'est sur l'offre qu'il faut se pencher. Dans le cas du cuivre, la chaine d'approvisionnement est très flexible car la production de métal de recyclage en représente une proportion importante et s'adapte rapidement au gré des cours. Il est toutefois bon de garder l'œil sur trois mines: Escondida au Chili, Grasberg en Indonésie et Oyu Tolgoi en Mongolie. Toute perturbation dans l'une des trois peut affecter l'équilibre de l'offre et de la demande. Pour le zinc, l'offre reste excédentaire même si quelques mines sont entrain de fermer. Il y a trop de stocks. De même pour l'aluminium qui est excédentaire depuis 2008 et exige une restructuration en profondeur de la production. Ce qui explique pourquoi les majors comme Rio Tinto et BHP Billiton se débarrassent de plusieurs sites. Ceci étant, et quel soit le métal, je n'ai jamais observé de pénurie. L'offre répond toujours à la demande. Ce n'est qu'une question de prix.  

Pensez-vous – comme l'estime BlackRock – que le cours des métaux va remonter à partir de 2015?

Il est trop tôt pour le savoir.

Etes-vous intéressé par le contrat de zinc avec Nyrstar que Glencore a du céder afin obtenir l'approbation de la Commission européenne pour la fusion avec Xstrata?

L'offre est publique et tous les négociants s'y intéressent. En ce qui nous concerne, nous avons un rapport historique avec Nyrstar et représentions une partie importante de ses débouchés de zinc et de plomb il y a quelques années.

Que représentent les différents composants dans la formation des prix des métaux?

Les compagnies minières se taillent la part du lion. Les fonderies peinent. La compétition y est féroce et elles ne gagnent pas grand'chose. Dans les négociations, ce sont les industries extractives qui tiennent le couteau par le manche et 80 à 90% de la valeur leur revient. Quant aux dernières étapes  de la chaine – stockage, logistique et transport -, elles représentent moins de 10% de la valeur. Surtout dans un environnement où le fret reste en surcapacité. On envoie régulièrement des bateaux presque neufs à la ferraille parce qu'ils ne répondent pas aux exigences actuelles de resserrement des couts. Le prix du carburant contraint les armateurs à repenser leurs flottes et même à ralentir la course des bateaux pour économiser sur le prix des soutes. 

Que représentent les coûts de couverture financière dans cette chaine?

Ils sont insignifiants.                                  

Selon une étude récente de la CNUCED et de l’EPFZ, les deux tiers des variations des prix des matières premières sont d’origine financière.

Je n'ai pas lu l'étude mais les matières premières qui ne sont pas négociées en bourse – et ne font pas l'objet de contrats financiers sont aussi volatiles – et même plus – que celles qui en font l'objet. Si vous observez le  cobalt ou les terres rares, vous verrez que leur prix oscille très vite et très brutalement. Dans l'agriculture, les prix sont fonction des conditions climatiques pas de la finance. L'avantage de la financiarisation est d'améliorer la liquidité et de fournir une couverture aux producteurs et aux consommateurs. De plus, elle améliore la transparence des prix. Les prix sont régis par les phases économiques. La volatilité croit avec la demande. A l'heure actuelle, sur les métaux, la volatilité baisse parce que la demande a faibli.

Plusieurs pays d’Amérique Latine ont introduit de nouvelles règles sur les prix de transfert pour protéger leurs ressources nationales. Cela vous affecte-t-il?

Ces règles concernent l'énergie pas les métaux. Pour ces derniers, on assiste plutôt à une baisse des barrages tarifaires, en ligne avec les règles de l'OMC. Le FMI s'oppose aux subventions à l'énergie.

Le rapport du Conseil fédéral estime que 60% du trading des métaux passe par la Suisse. Ce chiffre vous parait-il exact?

Il est plausible. A condition de limiter le périmètre à la portion adressable du marché car une partie importante des métaux est transformée et utilisée régionalement, donc hors des circuits de trading. A condition aussi de ne pas tenir compte de la Chine qui représente plus de 30% de l'offre et de la demande mondiales. En tant que hub, Singapour continue à progresser et Londres à régresser.

Que pensez-vous du rapport du Conseil fédéral sur le secteur des matières premières?

Il a le mérite, entre autres, de quantifier ce que notre secteur apporte à la Suisse. En ce qui nous concerne, nous participerons au dialogue sur l'auto-régulation 

Plusieurs maisons de négoce de l'énergie ou des métaux se sont diversifiées vers l'agriculture. Est-ce aussi votre intention?

Nous n'avons aucun projet dans ce sens.

CV

Simon Collins

Simon Collins a rejoint Trafigura en 2006 et est devenu membre du conseil de direction en 2011. Il était auparavant chez Gerald Metals, un conglomérat de négoce des matières premières où il a été directeur général à Hong Kong et en Suisse.

Company Key facts

Trafigura

Fondé en 1993, Trafigura est un leader du secteur du négoce des matières premières. Le groupe approvisionne et fournit ses clients en produits énergétiques et en métaux. En 2012, Trafigura a livré 34,9 millions de tonnes métriques de produits non ferreux et en vrac à des clients dans le monde entier. Sa gamme de clients s'étend des sociétés minières aux fonderies et  aux détaillants en métaux.

 

Chiffre d'affaires de Trafigura

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