vendredi 31 octobre 2014 // 12:15


Arthur Wood de Total Impact Advisors sur l'investissement social

23.01.2013: interview de Arthur Wood de Total Impact Advisors, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


Réformes de la philanthropie

L'Agefi (16.01.2013)

Arthur Wood. L'inefficacité de la finance sociale peut être résolue par l'introduction d'instruments tirés du marché des capitaux

Le problème de la philanthropie n’est pas tant le volume des fonds à disposition que les lacunes de l'utilisation et de la distribution de ces fonds. Le système repose sur une structure unique, la fondation, seul véhicule qui bénéficie d'exemptions fiscales pour transférer les fonds vers des objectifs sociaux. Alors que la finance à but commercial a multiplié les structures financières, la finance sociale se fonde sur un concept établi il y a plus d'un siècle et quasiment inchangé depuis. Les échanges se font sur la base de contrats bilatéraux entre donneurs et receveurs  et les modèles mutualisés des flux de capitaux, comme il en existe dans la finance à but entrepreneurial, en sont tout juste à leurs balbutiements. Avec comme corollaire une fragmentation extrême du marché. Encore plus incompréhensible: la portion capital des fonds philanthropiques est gérée par la finance traditionnelle et ce ne sont que les revenus de ce capital, soit environ 5% de la masse mise à disposition, qui sont affectés à des missions sociales. Il y a désalignement complet entre capitaux et objectifs. Arthur Wood, associé chez Total Impact Advisors, met son expérience d'ancien banquier – Merrill Lynch, Coutts, Kleinwort – et celle acquise comme directeur des services financiers d’Ashoka, au service d'innovations qui veulent métamorphoser la finance sociale.

Capitaux et objectifs à ajuster

Total Impact Advisors. La finance philanthropique est mal structurée et inefficace. Les modèles mutualisés en sont tout juste à leurs balbutiements

Les structures en place pour le financement de la philanthropie sont largement inopérantes, tant sur le plan des montants investis que sur celui de la fragmentation du marché. Arthur Wood, associé chez Total Impact Advisors et responsable de l'antenne de Genève, en démontre l'inefficacité. Il met son expérience d'ancien banquier – Merrill Lynch, Coutts, Kleinwort – et celle qu'il a acquise comme directeur des services financiers d’Ashoka, au service d'innovations qui veulent métamorphoser la finance sociale.

Quelle est l'étendue de la finance sociale et pourquoi, selon vous, est-elle si mal évaluée?

Les coûts associés à l'activité humaine ne sont, tout simplement, pas intégrés dans notre système de pensée économique. Cinq mille milliards de dollars pour ceux relatifs à la détérioration du climat, 650 milliards de dollars pour le système sanitaire, 65 milliards pour la sécurité routière. Ce n'est qu'en mesurant leur amplitude que l'on réalise l'insuffisance des montants réunis pour nous protéger. L'exemple le plus frappant est celui des systèmes de retraites. Le vieillissement de la population dans les pays développés est tel que d'ici 30 ans, 60 à 70% de la population de l'Italie ou du Japon aura plus de 64 ans. D'ici là, le taux de dette publique actuel de l'Italie - qui agite tant les esprits - ne sera pas de 125% mais de 330%. Si le rapport entre population active et population retraitée en Allemagne est de 1 à 3, qui paiera pour les italiens? Pendant ce temps, l'âge moyen de la population dans les pays émergents est inférieur à 23 ans. Nous nous posons de faux problèmes et nous voilons la face.

Notre modèle social a, en quelque sorte, trop bien réussi

Exactement. Lorsque les systèmes de retraite ont été conçus, au lendemain de la seconde guerre mondiale, l'espérance de vie était de l'ordre de 65 à 67 dans les pays développés. Elle est aujourd'hui de plus de 85, un gap à couvrir de 20 ans. D'ici 2050, nous assisterons au plus grand transfert de richesse jamais observé, 41.000 milliards de dollars. Un transfert qui se fera d'une génération à une autre.

Vous estimez que la finance philanthropique est très mal structurée

Tout le système philanthropique privé repose sur une structure unique: la fondation. C'est le seul véhicule qui bénéficie d'exemptions fiscales pour transférer les fonds vers des objectifs sociaux. Et c'est pratiquement le seul utilisé. Alors que la finance à but commercial a multiplié les structures financières, la finance sociale se fonde sur un concept établi il y a plus d'un siècle et quasiment inchangé depuis. Les échanges se font sur la base de contrats bilatéraux entre donneurs et receveurs que l'on peut apparenter au prêt bancaire traditionnel: un bailleur de fonds face à un bénéficiaire pour chaque flux. Les modèles mutualisés des flux de capitaux, comme il en existe dans la finance à but entrepreneurial, en sont tout juste à leurs balbutiements. Avec comme corollaire une fragmentation extrême du marché. Seuls 0.0007% des projets sociaux  a atteint le seuil critique des 50 millions de dollars en 40 ans. Et comme autre effet, une extraordinaire déperdition du temps et de l'énergie des ONG dont entre 25 à 50% des fonds sont gaspillés en collecte. Encore plus incompréhensible: la portion capital des fonds philanthropiques est gérée par la finance traditionnelle et ce ne sont que les revenus de ce capital, soit environ 5% de la masse mise à disposition, qui sont affectés à des missions sociales. Il y a un désalignement complet des capitaux et de leurs objectifs.

Pourquoi?

Parce que la pensée dominante part du principe qu'un placement social est un projet où la totalité des fonds sera investie à perte. Ce qui est absolument faux et qui dérive précisément de l'absence de prise en compte – et de mesure - des coûts dérivés et des risques sociaux et environnementaux qui doivent être couverts.

Par exemple?

La délinquance des jeunes. En Angleterre, par exemple, on donne 100 livres sterling aux jeunes qui sortent de prison. Ils les dépensent en quelques jours – ou quelques heures - et le taux de récidive est de 90%. Le coût unitaire d'un jeune délinquant est à peu près l'équivalent de celui qui permet d'assurer celui d'une éducation universitaire de haut niveau – type Harvard. Le Peterborough Bond, proposé et mis en place auprès du gouvernement anglais, finance les projets d'aide aux jeunes qui assurent des résultats, c'est-à-dire qui prouvent qu'ils réussissent à faire baisser le taux de récidive. En échange desquels, le gouvernement rembourse l'investissement et verse un revenu aux projets.

Ce qui rend l'investissement social rentable

Exactement. Car l'investissement social est rentable, quand il est mesuré correctement. Notre proposition est qu'un minimum de 20% des capitaux cœur des fondations soit affecté des investissements sociaux d'ici 2020. Cette réforme – qui doit faire l'objet de modifications juridiques – créerait un marché de 125 milliards de dollars à investir dans l'investissement social durable. Car durable est en réalité synonyme de revenus. Il n'y a pas de durabilité sans cash flow. Et il n'y a aucune contradiction entre bénéfice social et rentabilité: on sait déjà que les investissements qui répondent aux critères ISR (Investissement socialement responsable) sont plus rentables que le S&P500.

Quels autres mécanismes avez-vous en tête?

Nous mettons au point un système de réassurance des risques qui permet aux caisses de pension des pays émergents d'investir dans les projets sociaux locaux en monnaie locale, tout en respectant les règles d'investissement qui les contraignent à ne placer leurs fonds que dans des emprunts de haute qualité. 

Pourquoi vous être installé en Suisse?

La Suisse est pionnière dans ce domaine. En 2003, un groupe de banques suisses et de gestionnaires ont lancé ResponsAbility  pour contribuer positivement au développement social et générer simultanément un rendement financier. En trois ans la société gérait 200 millions. Elle en gère aujourd'hui plus d'un milliard. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. J'y travaille sur des projets de sécurité routière et d'assainissement en y impliquant tous les acteurs.

CV

Arthur Wood

Co-fondateur et associé de Total Impact Advisors, Arthur Wood est également membre du conseil d'administration de Big Issue Invest, le bras financier de Big Issue, la fondation britannique consacrée à la réinsertion des personnes sans domicile fixe. Il est également membre du conseil d'administration de plusieurs autres entités philanthropiques en Afrique du Sud, en Grande-Bretagne et en Suède. Fort d'une expérience dans l'univers financier traditionnel – Merrill Lynch, Coutts, Kleinwort Benson – Arthur Wood a également été responsable des rapports entre les banques et le secteur philanthropique chez Ashoka, la plus grande fondation de soutien aux entrepreneurs sociaux du monde. Il a fait ses études à la London School of Economics, à l'Université Bocconi et à HEC France.

Company Key facts

Total Impact Advisors

Total Impact Advisors est un acteur de la finance sociale, spécialisé dans les mécanismes légaux et financiers innovateurs permettant d'améliorer l'efficacité de l'utilisation des capitaux destinés à des objectifs sociaux. L'organisation est à l'origine des obligations destinées au financement des projets sociaux ainsi que de la nouvelle structure légale hybride L3C initiée aux Etats-Unis, une société à responsabilité et à profit faible pour laquelle l'IRS (Internal Revenue Service) met en place un jeu de règles spécifiques destinées à encourager l'investissement philanthropique.

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