mardi 02 septembre 2014 // 13:30


Jean-François Lambert de HSBC sur le trade finance

15 avril 2013: interview de Jean-François Lambert, HSBC, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


La portée des chaînes de valeur

L'Agefi 16.04.2013

HSBC. C’est dans le soutien aux poches de valeur ajoutée qu’est le futur du financement des flux d’échange Transition annoncée

Identifier les poches de valeur ajoutée au sein de la chaine de valeur d’un produit est la clef du financement des flux d’échanges. La mutation progressive de certains pays, traditionnellement exportateurs de matières premières, vers les produits semi-manufacturés  et la sensibilité croissante à la pénurie de certains composants sont fondamentaux. C’est le jugement que porte Jean-François Lambert, Global Head of Commodity and Structured Trade Finance chez HSBC, venu assister au FT Global Commodities Summit.

Un certain nombre de pays tentent de diminuer leurs exportations de matières premières au profit de celles de produits semi-manufacturés. Quel impact  sur le trade finance?

Le Trade Finance n’est pas une formule passe-partout mais une gamme de solutions qui s’adapte à chaque cas. Pour simplifier il existe deux modèles extrêmes de financement des flux. Le premier, utilisé notamment sur le marché des matières premières par lequel la banque de l’acheteur offre un préfinancement au fournisseur de matières premières en prenant souvent un risque sur la capacité de les produire et/ou les livrer. Généralement l’engagement de l’acheteur est ici matérialisé par un accreditif. C’est ainsi que sont financées les exportations de cacao du Ghana ou du coton au Burkina-Faso. Le risque de contrepartie est assumé par la banque mais le risque de prix est en général assumé par le négociant dont le rôle dans une chaîne d’approvisionement est d’optimiser les optionalités: source d’approvisionnement, destination, transport et timing.

Le second, à l’autre bout du spectre, sous forme de financement ouvert et régulier (par le bais d’open accounts) d’une communauté de fournisseurs fiables, par exemples des grands distributeurs.

Dans le premier cas, il y a un risque de performance associé à la capacité du producteur alors que dans le second, il s’agit en général de simplement financer de façon optimale le fond de roulement de fournisseurs en attente du paiement d’une marchandise déjà prête.

Les instruments et les risques sous-jacents sont très différents.

Lorsqu’un pays s’oriente vers l’exportation de produits semi-manufacturés, le second type de financement s’accroît. Plus le fournisseur est sophistiqué, paradoxalement, moins le financement a besoin de l’être. L’exemple typique est celui de Foxconn et d’Apple.

Il est fondamental de comprendre que la chaine globale de valeur est devenue infiniment complexe. Lors des inondations en Thaïlande il y a deux ans, l’informatique mondiale a connu une pénurie de disques durs. Ce qui prime aujourd’hui est de savoir identifier les poches de valeur ajoutée le long d’une chaine infiniment complexe où les composants multiples d’un unique produit final arrivent des quatre coins du monde. C’est dans le financement de ces poches qu’est la réelle valeur du financement des flux d’échange.

Quels sont les pays qui s’acheminent dans cette direction?

Les pays du Golfe Persique qui savent ne pas pouvoir vivre éternellement de l’exportation de pétrole. Mais aussi l’Indonésie, exportateur de charbon, cacao ou d’huile de palme qui a graduellement mis en place des taxes sur l’exportation des matières brutes de façon à privilégier  celle des produits semi-finis. Avec en miroir de cette stratégie, la Chine qui taxe lourdement l’huile de soja, de manière moindre le soja broyé et très peu le soja brut. Dans les deux cas, l’objectif est identique: stimuler le développement d’une industrie – et donc d’une valeur ajoutée – locale. Encore faut-il, bien évidemment qu’y soient disponibles l’infrastructure et la logistique nécessaires ainsi que les systèmes éducatifs et légaux suffisants.

En alternative au financement réduit des banques, s’offre aujourd’hui celui du marché des capitaux. Quel est l’avenir des instruments financiers basés sur le trade finance?

En l’état actuel le financement par le marché des capitaux n’est pas significatif. Si la croissance reprend et que le prix des matières premières remonte, ce qui pourrait se produire d’ici deux ans, le financement bancaire, satisfaisant à l’heure actuelle pourrait ne plus suffire. Auquel cas les instruments financiers construits autour du trade finance pourraient trouver leur place. A condition qu’ils soient soutenus par les intermédiaires financiers car, en l’état, leur fonctionnement et les risques qui y sont associés sont mal compris des investisseurs.

Quel est le rôle du trading financier dans la volatilité du prix des commodities?

A mon sens mineur. La vague de fond qui détermine les prix sont les fondamentaux: demande et production. Les variations dues aux marchés financiers ne sont que la crête. Selon l’expression chère à Philippe Chalmin. Le plafond des cours est déterminé par la croissance mondiale. Quant au plancher, il est associé à la résistance de l’économie chinoise. Si elle s’effondrait, la spirale descendante serait vertigineuse.

Votre groupe, HSBC Commodities and Structured Trade Finance (CSTF), évolue très rapidement.

HSBC est depuis longtemps un acteur majeur du financement des flux d’échanges - HSBC , selon Oliver Wyman, bénéficie d’une part de marché du financement des flux de marchandises de l’ordre de 10% - mais sans s’être particulièrement spécialisé dans celui des matières premières jusqu’il y a peu.  C’est aujourd’hui chose faite. En 2012, HSBC Commodities and Structured Trade Finance a étendu sa présence dans 8 pays clefs sur les chaines d’approvisionnement des matières premières (Europe, Asie et Amérique Latine). Cette année, nous comptons ajouter 5 nouvelles implantations  (Dubai au Moyen Orient, l’Inde, l’Indonésie et la Malaisie en Asie ) et en fin d’année, l’Amérique du Nord. En deux ans nous avons  déjà plus que triplé le nombre de nos spécialistes (85 aujourd’hui).   Notre modèle est fondé sur la compréhension de la chaine globale de valeur et l’identification des poches de valeur dont je parlais plus tôt. Avec l’appui d’un ensemble d’équipes locales, expertes du terrain mais gérées de manière centralisée.

interview: Nicolette de Joncaire

CV

Jean‐François Lambert

Jean‐François Lambert est Managing Director et Global Head of Commodity and Structured Trade Finance pour le groupe HSBC. Fort d'une expérience bancaire internationale de plus de 30 ans, Jean‐François est un expert reconnu du secteur des Commodities et du Trade. Il est membre actif du groupe Trade Export à l’Organisation Mondiale du Commerce. Expert de Bâle II et III, il est aussi un porte‐parole du secteur financier pour les problématiques réglementaires appliquées au Trade. Dans ses précédentes fonctions au sein du Groupe, Jean‐François a été Global Head of Trade and Supply Chain Business Development et Head of Eurozone Trade Services. Auparavant, il a occupé plusieurs postes de responsabilité au Crédit Commercial de France (CCF). Jean‐François est titulaire d’un Master en Finance de l’Université Paris IX Dauphine

Company Key facts

HSBC

Le groupe HSBC est l'une des premières banques mondiales avec 6600 bureaux et 58 millions de clients. Avec 3,5 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2012, HSBC Global Trade and Receivables Finance (GTRF) représente 10% des parts du marché. En 2012, HSBC Commodities and Structured Trade Finance (CSTF) a créé de nouvelles équipes dans 4 pays et plus de doublé le nombre de ses spécialistes du Trade Finance, de 31 à 78. En 2013, le département a déjà ajouté une nouvelle équipe en Amérique Latine et entend les multiplier au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Amérique Latine et en Asie.

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