samedi 29 novembre 2014 // 01:31

Dossier Libor

Les deux phases du scandale du Libor

Les taux Libor servent de référence à bon nombre de produits financiers et donnent quelques indications sur l'état de santé du secteur bancaire. Ces deux fonctions différentes se trouvent tour à tour au centre du scandale de la manipulation de ces taux.

Le début de la première phase est d'autant plus difficile à déterminer qu'elle peut théoriquement coïncider avec l'arrivée sur le marché des dérivés sur taux d'intérêt.

Les traders ont cherché, par des ententes impliquant des collaborateurs d'autres banques membres du panel Libor, à influencer les taux en fonction de leurs positions prises, tout d'abord pour les protéger, mais aussi pour maximiser le potentiel de gain. Les rumeurs concernant un cercle de traders entre HSBC, Deutsche Bank, Crédit Agricole et Société Générale, sous la direction d'un trader de BArclays, en donnent un premier exemple concret.

La faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 a eu des conséquences désastreuses pour le marché interbancaire. Dans une situation de blocage quasi total, les banques avaient intérêt à laisser paraître une image aussi peu tendue que possible de leur situation. Si certaines d'entre elles, pendant cette deuxième phase du scandale, ont probablement obtenu des conditions leur permettant d'indiquer des taux au bas de l'échelle du panel en raison de leur situation financière plus solide que celle de leurs pairs, d'autres auraient délibérément indiqué des taux inférieurs à la réalité sur le marché interbancaire. Cette question-là est au centre du débat portant sur les rôles respectifs de la Fed, de la Bank of England, de la FSA et des anciens dirigeants de Barclays.




Liens vers des sites et dossiers de référence

Sources de données:

Le Libor de la BBA: http://www.bbalibor.com/

Euribor: http://www.euribor-ebf.eu/


 

Régulateurs et autorités judiciaires:

Finma: http://www.finma.ch

Comco: http://www.weko.admin.ch

Commission européenne: Compétition / Affaires économiques et monétaires

FSA (Royaume-Uni): http://www.fsa.gov.uk

Department of Justice (Etats-Unis): http://www.justice.gov

U.S. District Court - Southern District of New York (Manhattan): http://www.nysd.uscourts.gov

SEC (Etats-Unis): http://www.sec.gov

CFTC (Etats-Unis): http://www.cftc.gov

FSA (Japon): http://www.fsa.go.jp


 

Banques centrales:

BNS: http://www.snb.ch

BCE: http://www.ecb.int

Fed: http://www.federalreserve.gov

Bank of England: http://www.bankofengland.co.uk


 

Blogs:

Zerohedge

InsideParadeplatz

Finews

BBC / Robert Peston: http://www.bbc.co.uk/news/correspondents/robertpeston/


 

Agences:

Bloomberg

Reuters

 

 

 

 

Quels sont les différents taux Libor?

Parler d’un seul taux Libor (London Interbank Offered Rate, le taux interbancaire offert à Londres) par devise est en principe une erreur, même si celui à trois mois est la référence la plus couramment utilisée. La BBA (British Bankers Association à Londres) publie des taux au jour le jour, à une semaine, deux semaines et pour toutes les mensualités de un à douze mois. Soit quinze taux Libor par devise, chacun indiqué sur une base annualisée. La BBA a réuni de panels de banques pour dix devises dont elle publie les taux: le dollar américain, l’euro, la livre sterling, le yen, le franc suisse (les plus courants), ainsi que le dollar australien, canadien et néo-zélandais, la couronne danoise et suédoise. Ce qui fait 150 taux publiés chaque jour à 13h00.

 

Comment les taux sont-ils calculés?

Le principe de base est le même pour toutes les devises, mais il connaît de légères variations. Les banques membres des différents panels doivent répondre à la question suivante: «A quel taux pourriez-vous emprunter des fonds, si vous deviez demander et ensuite accepter des offres interbancaires dans un marché de taille raisonnable juste avant midi?» Elles sont censées rapporter les taux les plus bas qu’elles peuvent ainsi obtenir.

Les indications les plus élevées et les indications les plus basses sont éliminées d’emblée, une moyenne arithmétique étant calculée à partir des taux rapportés restants. Pour le panel concernant le dollar américain, cela signifie que les 4 taux les plus élevés et les 4 taux les plus bas sont écartés, la moyenne étant calculée sur la base des indications des dix banques restantes. La règle «4/4» prévaut pour des panels comptant au moins 15 contributeurs. Entre 11 et 14 contributeurs, une règle «3/3» est appliquée, la règle «2/2» étant valable pour des panels entre 8 et 10 contributeurs. Pour les panels de 6 ou 7 contributeurs, seuls le taux le plus élevé et le taux le plus bas sont éliminés. Voici le nombre de membres pour chacun des panels: USD 18, GBP 16, EUR 15, JPY 15, CHF 11, CAD 9, AUD 7, NZD 7, DKK 6, SEK 6.
 

Existe-t-il d’autres taux de référence?

Les taux Euribor (qui semblent avoir pris le relais du Libor en euros, pourtant toujours publié) sont calculés par la Fédération bancaire européenne (FBE) à Bruxelles depuis le lancement de l’euro en 1999, en euros évidemment, mais aussi en dollars américains. Le taux au jour le jour s’appelle Eonia, l’Euribor étant calculé sur une semaine, deux semaines, trois semaines, et pour toutes les mensualités de un à douze mois. Le panel de banques est composé de 43 membres, la base minimum pour le calcul étant des contributions de 12 banques de trois pays différents.

Les indications faisant partie du 15% des taux les plus élevés, respectivement les plus bas sont éliminées avant le calcul de la moyenne arithmétique, effectué au plus tard à 11h15. La FBE publie également des taux Eurepo (prêts interbancaires en euros avec la meilleure garantie repo possible en contrepartie) sur les mêmes durées que celles de l’Euribor, ainsi que l’Eonia Swap Index, indiquant la moyenne des taux fixes proposés par une partie, contre le taux flottant qu’est l’Eonia (autrement dit, la moyenne des dérivés sur taux).

La JBA (Japanese Bankers Association) calcule le Tibor (Tokyo Interbank Offered Rate) en yens (panel de 16 membres) et euroyen (15 membres). Les deux contributions les plus élevées et les plus basses sont éliminées. Ils sont publiés sur une semaine et pour toutes les mensualités de un à douze mois.

Les pays nordiques ont toute une série de taux de référence: le Stibor (Stockholm), le Cibor (Copenhague), le Nibor ou Oibor (Oslo), ainsi que le Reibor (Reykjavik).
 

Pourquoi ces taux sont-ils si importants?

La définition du taux variable d’une hypothèque en fonction de l’évolution des Libor figure certes parmi les implications les plus directes et les plus tangibles. Publiés par la BBA à partir de 1986, d’abord seulement en dollars américains, livres sterling et yen, les taux Libor ont très vite été adoptés par les banques en tant que base de calcul pour fixer les taux d’un grand nombre d’instruments différents. Il servent ainsi de référence aux contrats à terme sur taux d’intérêt, aux swaps sur taux d’intérêt (pouvant être utilisés tant à des fins de couverture contre les fluctuations qu’à des fins spéculatifs), aux swaps contre l’inflation, aux emprunts à coupon variable et aux prêts syndiqués. Certaines banques centrales, notamment la BNS, utilisent le taux Libor pour définir leur politique monétaire, en l’occurrence en fixant une marge de fluctuation à l’intérieur de laquelle le taux Libor en francs suisses à trois mois doit évoluer.

Aujourd’hui, ce sont surtout les dérivés sur taux d’intérêt (contrats à terme, swaps), qui donnent un volume gigantesque aux produits financiers liés au Libor. Eux seuls réunissent au moins 350.000 milliards de dollars américains. Et si les différences de quelques points de base (1 point de base = 0,01%) ne changent pas beaucoup la situation du preneur d’hypothèques à taux variable, dans le domaine des dérivés, les leviers souvent utilisés peuvent énormément augmenter leur impact. En outre, le schéma de remboursement d’une option peut complétement changer en fonction du fait que le sous-jacent se trouve au-dessus ou en dessous du prix d’exercice.

La complexité des dérivés et la diversité des options prises par ce biais-là rendent toutefois toute tentative d’établir une responsabilité directe entre la soumission de taux Libor trop bas et des pertes générées pour les investisseurs ou les emprunteurs très difficile. Il n’est même pas à exclure que le bilan total des gains et des pertes générées par les tentatives de manipulation du taux Libor soit proche de zéro, voire positif.

 



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