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Deux chiffres expriment le succès de Raiffeisen: 3 millions de clients et 1,5 million de sociétaires. Que du bonheur ou presque! De toute évidence, le modèle créé en 1862 par le bourgmestre Frédéric-Guillaume Raiffeisen, puis développé en Suisse au début du XXe siècle par le pasteur Johann Traber, qui consiste à rendre le capital utile là où il a été généré, reste plus pertinent et moderne que jamais.
En dépit d’un environnement difficile, le groupe bancaire bénéficie encore davantage de la confiance de la clientèle (lire en page 6). Même si le volume des dépôts a quelque peu reculé, l’argent frais afflue et les affaires hypothécaires pètent de santé. Il est évidemment bien difficile de mesurer avec précision combien de clients inquiets des bouillons successifs enregistrés par UBS et d’autres ont transféré leurs avoirs dans l’une des 367 succursales et 1155 agences Raiffeisen, essaimant par leur densité impressionnante le territoire national. Mais, à l’heure des incertitudes boursières, faire venir son bas de laine et même bien plus que cela dans une banque coopérative paraît un geste si tentant que les prévisions dégagées pour 2008 sont résolument optimistes. Dans un contexte de recul économique où tant de monde a besoin d’être rassuré, Raiffeisen parvient mieux que d’autres à tirer son épingle du jeu, attirant à la fois des clients – la hausse massive des dépôts en témoigne – et les fidélisant, leur délivrant même le statut de sociétaire. Ici aussi le résultat est probant, leur nombre augmente.
Il serait toutefois facile, réducteur et sans doute injuste de ne prêter attention qu’au seul facteur conjoncturel pour se contenter de délivrer un certificat de réussite à la banque de «campagne». Par exemple, le recul de quelques points des correctifs de valeurs pour les risques à défaillance reflète la constance dans la qualité élevée du portefeuille de crédits.
L’extension des affaires en direction de la clientèle d’entreprise mérite aussi d’être soulignée. Certains concurrents travaillant sur le même segment peuvent en prendre de la graine. On songe bien évidemment en premier lieu aux banques cantonales. Leurs statuts sont divers et variés, autant que le sont d’ailleurs leurs résultats du moment. Le succès de Raiffeisen met une fois de plus la question au centre: celles-ci conservent-elles une justification à rester en mains publiques? Ou, autrement dit, le développement économique des cantons dépend-il encore d’une banque cantonale? Par ailleurs, à l’exception de quelques coopérations enregistrées dans les domaines informatiques, par exemple entre la BCV et la ZKB, les succès des collaborations restent pour le moins ténus, ainsi que le constatait l’an passé dans nos colonnes le professeur Hans Geiger du Swiss Banking Institute (lire «L’Agefi» du 17.04.2007). Imaginer les voir franchir un pas de plus, sur le modèle de regroupement prôné par Raiffeisen Suisse, tient cependant, à ce stade, plus de l’utopie que d’autre chose.
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